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Révolution Permanente : analyse d’un trotskisme 2.0

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Sommaire

Lors du premier tour des élections municipales du 15 mars dernier, la ville de Saint Denis (93) a été marquée par un double événement. D’abord, Bally Bagayoko, candidat La France Insoumise, a été élu dès le premier tour avec 50,77% des voix, ce qui constitue un fait majeur pour le parti dans la deuxième ville la plus peuplée d’Ile de France. 

Ensuite, elles ont été marquées par le score inédit réalisé par le parti Révolution Permanente (avec plus de 7% des voix), ce qui lui permet, pour la première fois de son histoire, de faire entrer deux représentants au conseil municipal, en les personnes d’Elsa Marcel et de Dorian Gonthier

Le moment est historique pour Révolution Permanente (ou “RP”), et souligne la très bonne dynamique du parti trotskiste depuis son émancipation du NPA en 2021. 

Dans cet article, nous reviendrons en détail sur l’origine du parti incarné par le cheminot Anasse Kazib, ses aspirations, et sa stratégie révolutionnaire qui le différencie de ses homologues d’extrême gauche. 

Révolution Permanente : du NPA aux élections présidentielles

Création du parti et vie politique au sein du NPA

A l’origine de Révolution Permanente, on retrouve le Courant Communiste Révolutionnaire (CCR), officiellement créé en 2011, et intégré au NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) au sein duquel il y défend l’orientation la plus révolutionnaire du parti. 

La ligne défendue par le CCR pendant les années 2010 est donc très loin de celle que suit la majorité relative du NPA, qui tend peu à peu à se rapprocher d’une stratégie politique jugée trop réformiste et trop alignée sur celle de Jean Luc Mélenchon et de son mouvement La France Insoumise, ce qu’illustrera parfaitement, quelques années plus tard, l’intégration du parti au sein du Nouveau Front Populaire en 2025 (au côté du PS et de place publique notamment). 

Critiquant ouvertement cette orientation, et dénonçant un manque de démocratie interne au sein du parti, le CCR, qui a obtenu 11% de plébiscite lors du congrès interne du NPA en 2018, décide de quitter le NPA en 2021, après avoir annoncé la pré-candidature aux élections présidentielles de son candidat : le cheminot Anasse Kazib

Révolution Permanente depuis 2021 : candidature aux présidentielles et officialisation du parti

Une fois extrait du NPA, le CCR, rebaptisé Révolution Permanente, acte donc la candidature d’Anasse Kazib pour les élections présidentielles de 2022. Cette tentative, qui se soldera par un échec – le candidat n’ayant pas réuni les 500 signatures nécessaires pour se présenter -, aura eu pour mérite de mettre en lumière le nouveau parti et de réunir des soutiens autour du projet qu’il porte. 

Parmi les grands noms qui ont soutenu (et qui soutiennent encore !) le parti pendant cette campagne, on compte par exemple le philosophe Frédéric Lordon, l’actrice et figure de proue du mouvement MeToo en France, Adèle Haenel, ou encore la militante Assa Traoré

Après cette candidature avortée, le parti organise son congrès fondateur en décembre 2022 afin de rédiger ses textes de référence. Révolution Permanente devient alors officiellement un parti politique. 

RP se présente aux législatives de 2024 suite à la dissolution d’Emmanuel Macron, puis aux municipales de 2026 ou il présente des listes dans 9 villes, dont Le Mans, Montpellier, ou – comme nous l’avons vu plus haut – Saint Denis. 

Anasse Kazib, figure de proue de Révolution Permanente et pré-candidat aux élections présidentielles de 2022. Crédit : Révolution Permanente

Quelles lignes politiques et stratégiques pour Révolution Permanente ? 

Aux premiers abords, Révolution Permanente s’inscrit dans une lignée trotskiste, comme le NPA ou Lutte Ouvrière, avec lesquels il partage une approche communiste, internationaliste et révolutionnaire globalement similaire. 

Pourtant, Révolution Permanente souhaite se différencier de ses homologues en se revendiquant d’un “trotskisme 2.0” qui prend en compte les combats de toutes les minorités et qui utilise tous les canaux de diffusion possible pour parvenir à imposer ses thématiques au sein de la bataille culturelle. 

Un parti d’extrême gauche trotskiste révolutionnaire affilié à un courant international 

Révolution Permanente est un parti communiste trotskiste révolutionnaire. Leur but est donc simple : parvenir à une société socialiste par la révolution. Par socialisme, on entend une société dans laquelle les moyens de production sont socialisés, et où le capitalisme n’existe plus, tout comme la propriété privée. 

Pour cela, l’unique moyen d’action est la révolution. Celle-ci devra provenir de la masse, c’est-à-dire des travailleurs prolétaires, qui auront acquis une conscience de classe suffisamment forte pour s’unir contre la bourgeoisie au pouvoir. 

Révolution Permanente s’inscrit dans cette rhétorique révolutionnaire et de lutte des classes, et revendique une tactique trotskiste éponyme  de “Révolution permanente”, qui consiste à se constituer en avant garde du courant révolutionnaire, et de ne pas arrêter la révolution tant que tout n’a pas été acquis (par cela on entend, jusqu’à ce que le socialisme advienne réellement). 

Une ligne stratégique claire : peser dans la bataille culturelle

Ce qui différencie réellement RP des autres partis trotskistes en France, est vraisemblablement le vent de fraîcheur qu’il insuffle à la mouvance trotskiste assez vieillissante en France. 

Dans un entretien accordé à la revue Ballast en janvier 2022, Anasse Kazib évoque un “trotskisme 2.0” qui cherche à convaincre en utilisant d’autres moyens que le journal papier ou que le tract distribué dans les usines. 

Ce “trotskisme 2.0” s’inscrit dans une stratégie plus large, celle de peser dans la bataille culturelle, une notion théorisée par le militant antifasciste Antonio Gramsci dans les années 1930, qui stipule que faire accéder ses idées dans la sphère médiatique est un prérequis essentiel à leur accession dans le débat politique. 

Cette théorie est au fondement de la stratégie de Révolution Permanente, qui fait le choix de diffuser ses idées par le plus grand nombre de canaux possibles, et d’investir différentes sphères pour véhiculer ses idées. Cela passe par : 

Révolution Permanente se démarque de LO et du NPA

Révolution Permanente souhaite marquer une ligne de démarcation claire avec Lutte Ouvrière et le Nouveau Parti Anticapitaliste. 

Dans son texte fondateur, le parti annonce se démarquer de Lutte Ouvrière en ne plaçant pas la focale uniquement sur les travailleurs, mais en se faisant plutôt le parti de toutes les minorités, s’inscrivant dans les luttes que LO ne considèrent pas comme centrales, comme celles liées aux minorités LGBT, aux combats féministes, ou a l’antiracisme. 

“ce courant considère (LO) que défendre la centralité de la classe ouvrière implique que toutes les questions qui ne relèvent pas directement de l’exploitation capitaliste sont secondaires, voire seraient ou pourraient devenir des facteurs de diversion et de division du prolétariat. Une logique ouvriériste par laquelle LO justifie de ne pas prendre en charge les questions féministes, LGBTI, écologistes ou antiracistes, et de ne pas participer activement aux luttes de celles et ceux qui se battent contre ces oppressions, y compris depuis leurs implantations ouvrières.”

Source : Bases politiques d’une nouvelle organisation révolutionnaire – Révolution Permanente


Révolution Permanente se distingue par ailleurs assez facilement du NPA – L’Anticapitaliste par sa radicalité, le parti de Philippe Poutou et Olivier Besancenot étant régulièrement qualifié de réformiste en tant qu’il se fait le soutien régulier de Jean Luc Mélenchon et de sa stratégie. 

Pour ce qui est de la branche révolutionnaire du NPA, qualifiée NPA – Révolutionnaires, et ayant fait scission avec le NPA en 2022, RP met en avant un ligne révolutionnaire unitaire et claire, et critique la tendance du NPA – Révolutionnaires de vouloir réunir en son sein une diversité de mouvances anticapitalistes qui n’ont pas la même stratégie, ce qui peut être un frein pour la révolution. 

En résumé 

Révolution Permanente incarne un vrai renouveau dans les partis trotskistes en France, longtemps incarnés par le NPA et LO. D’ailleurs, leurs bons scores aux municipales à Saint Denis (7%), mais aussi dans le 4 et 5 ème arrondissement de Marseille (7,4%) témoignent de cette dynamique. 

Il sera intéressant d’observer la progression du parti lors des présidentielles de 2027, afin de voir si leurs efforts dans la bataille culturelle seront récompensés par de bons scores à l’échelle nationale. 

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