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La Nouvelle France, un concept clé de LFI pour 2027

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Sommaire

Bienvenue dans la nouvelle France”, c’est le titre de l’éditorial présenté par le “journaliste” Quentin Gérard, sur CNews, pour évoquer l’élection au premier tour de Bally Bagayoko à la mairie de Saint Denis, deuxième plus grande ville d’Ile de France, en Mars 2026. 

Selon lui, l’élection de Bagayoko constitue l’aboutissement de la stratégie de la Nouvelle France pilotée depuis plusieurs années déjà par Jean Luc Mélenchon, se résumant à : “Liquider ce qu’il reste du vieux pays, accueillir béatement un nouveau peuple venu avec l’immigration massive, puis confier à ses héritiers les clés de ses institutions”. 

Loin de cette représentation raciste et dénaturée de sa substance, le concept de Nouvelle France est avant tout un constat social et économique des mutations de la population française depuis 1958 sur lequel se base le programme et la stratégie politique de la France Insoumise. 

La Nouvelle France : un constat sociologique et économique

Le concept de Nouvelle France repose sur un constat : la société française a évolué depuis 1958 et le début de la Vème République.

Pour comprendre ces mutations, trois exemples sont donnés par Manuel Cervera-Marzal, sociologue et chercheur à l’Université de Liège et chercheur associé à l’EHESS dans le cadre d’un débat sur France Culture : 

  1. En 1958, les femmes n’avaient pas le droit d’ouvrir un compte bancaire ni de travailler sans l’autorisation de leur mari. Une situation qui paraît totalement impensable aujourd’hui (ce qui ne signifie pas que le combat féministe ait été gagné pour autant). 

  1. Un enfant sur cinq grandit dans une famille plurilingue contre un sur vingt en 1958, et un quart des habitants français ont un grand parent étranger contre un sur dix à la même époque. 

  1. La classe ouvrière française n’a pas disparu, mais a connu une profonde mutation entre 1958 et aujourd’hui. Les ouvriers ne sont plus majoritairement des travailleurs dans les usines mais exercent dans le transport ou la livraison. Quant aux femmes des classes laborieuses, elles sont en grande partie absorbées par le secteur du “Care”, c’est-à-dire du soin et de la santé. 

Ces évolutions de la société française englobent aussi l’accroissement significatif de la précarité chez les jeunes, ou encore le phénomène d’urbanisation massive entre 1958 et aujourd’hui.

Une note de l’Institut de la Boétie permet d’entrer plus en détails, chiffres à l’appui, dans les nouvelles dynamiques qui traversent la population française depuis 1958, constitutives de ce constat objectif d’une “Nouvelle France”.  

La Nouvelle France emprunte en partie au concept de créolisation 

Le terme créolisation, forgé par le philosophe et poète martiniquais Edouard Glissant, puis repris par Jean Luc Mélenchon en amont des élections présidentielles de 2022 entre en résonance avec la Nouvelle France. 

Ce concept est largement défini par Jean Luc Mélenchon dans une tribune pour Le Nouvel Obs en 2020. Dans celle-ci, il invoque dans un premier temps une citation du poète :

« La créolisation, c’est un métissage d’arts, ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence deviennent créateurs. C’est la création d’une culture ouverte et inextricable, qui bouscule l’uniformisation par les grandes centrales médiatiques et artistiques. Elle se fait dans tous les domaines, musiques, arts plastiques, littérature, cinéma, cuisine, à une allure vertigineuse… »


Traduite en langage politique par le chef des insoumis, la créolisation devient “le chaînon manquant entre l’universalisme dont je me réclame et la réalité vécue qui le dément”

En effet, l’universalisme républicain qui renvoie à “l’idée de l’existence d’une unité du genre humain, au-delà de la diversité culturelle de l’humanité”, né pendant le siècle des Lumières, comporte un biais majeur qui consiste à faire passer certains particularismes (blanc et bourgeois notamment) comme des étalons universaux à partir duquel les minorités sont jaugées.

Ce constat d’échec de l’universalisme républicain s’accompagne d’un double rejet de la part de Jean Luc Mélenchon, celui de l’assimilationnisme et du multiculturalisme

  • L’assimilationnisme consiste à obliger les minorités issues de l’immigration à se plier, au-delà de la loi, aux coutumes et aux façons de faire de la population dominante, ce qui peut constituer pour ces derniers une manière de maintenir des rapports néo-coloniaux. Elle est une composante de l’universalisme tel qu’il est (mal) appliqué aujourd’hui. 
  • Le multiculturalisme consiste en une juxtaposition de cultures qui ne cohabitent généralement pas, sur le modèle anglo-saxon

En invoquant la créolisation, Mélenchon souligne l’hybridation des cultures, déjà présente en France, susceptible de faire naître de la nouveauté et de l’imprévisible. Tenir compte de ce phénomène permettrait de passer d’un universalisme républicain à un universalisme humaniste, qui permettrait de faire société autour d’un projet commun tout en tenant compte des particularités de chacun.

Le constat que le terme de créolisation permet de poser, peut ainsi tout à fait se rattacher à celui d’une Nouvelle France, profondément transformée depuis 1958. 

A quoi s’oppose la Nouvelle France ? 

Le concept de Nouvelle France n’a pas pour vocation d’opposer une vision de la France à une autre, comme font mine de le craindre ses détracteurs, adeptes des théories du grand remplacement. 

Dans une interview pour France Info, le député du Val de Marne Louis Boyard insiste plutôt sur une opposition entre la France d’aujourd’hui et celle des débuts de la Vème République. 

“Elle s’oppose à la France d’il y a 60 ans, dans laquelle il n’y avait pas internet, on ne parlait pas du dérèglement climatique, on n’avait pas encore l’égalité civile entre les femmes et les hommes, les différentes générations de l’immigration postcoloniale n’avaient pas la place prépondérante qu’elles ont aujourd’hui dans notre pays, parce que tout était fait pour essayer de les mettre sur le côté.

Sauf qu’aujourd’hui, leurs enfants sont chefs d’entreprise, ouvriers techniques, responsables politiques, maires. Voilà, c’est ça, la « nouvelle France ». C’est dans l’histoire de notre pays, cette nouvelle réalité sociale dont on est très fiers.”


La Nouvelle France comme stratégie politique ? 

Si la Nouvelle France est avant tout un constat des évolutions de la société française depuis 1958, elle permet aussi de mieux comprendre la stratégie de La France Insoumise en vue des élections présidentielles de 2027. 

Manuel Cervera Marzal, toujours au micro de France Culture, dresse le constat d’un socle d’électeurs de gauche qui se situe historiquement entre 30 et 35%, ce qui serait, selon lui, insuffisant pour gagner des présidentielles (ce qu’il faut prendre avec des pincettes, car ce socle permet tout de même de se qualifier au second tour, et une fois arrivé à ce stade, il reste possible d’être élu en fonction des dynamiques de l’entre-deux-tours).

Selon le sociologue, il s’agirait alors d’élargir la base électorale pour se donner les moyens de l’emporter. Pour cela, trois stratégies coexistent : 

  1. Récupérer les voies du PS et du bloc central. 
  2. Récupérer les votes des “fachés pas fachos”, c’est-à-dire des classes dominées qui voteraient pour le Rassemblement National pour des raisons sociales et non racistes. 
  3. Se focaliser sur les abstentionnistes dont une grande partie serait susceptible de voter à gauche. 


Si ces trois stratégies peuvent être combinées entre elles, il semblerait qu’en établissant le constat d’une Nouvelle France, la France Insoumise ait beaucoup plus d’intérêt à miser sur la troisième. 

Elle pourrait alors profiter d’un phénomène d’abstention différenciée, c’est à dire plus prégnante pour certaines classes sociales que d’autres (la jeunesse, les milieux défavorisées, ou encore les habitants pauvres des grandes métropoles et de leurs banlieues), qui constituent justement le coeur de la dynamique de mutation de la population française que le concept de Nouvelle France permet d’éclairer. Il s’agirait alors pour LFI de puiser dans cette réserve de voix pour se qualifier au second tour afin de l’emporter.

De la Nouvelle France à la VIème République ? 

Le constat établi avec la Nouvelle France suppose une réflexion politique sur les moyens de mieux répondre aux mutations sociologiques et économiques décrites au début de l’article. 

De ce constat doit donc découler un programme politique de rupture pour les élections présidentielles de 2027, qui passe par une mesure principale : la fin de la Vème République et l’avènement de la VIème République. 

Cette VIème République, nous explique Mélenchon dans une interview pour Brut suite à la déclaration de sa candidature aux élections présidentielles le 3 Mai 2026, est en rupture avec le régime politique actuel qui concentre dans les mains du président un pouvoir exécutif susceptible d’écraser le pouvoir législatif, c’est à dire la voix du peuple. 

La pratique du pouvoir d’Emmanuel Macron, qualifiée de politique d’extrême-centre par l’historien Pierre Serna, illustre les limites d’une constitution déconnectée des besoins du peuple français qui permet au président de prendre des décisions autoritaires (abus de l’article 49.3 sous Elisabeth Borne, ou encore refus de faire entrer un membre du NFP au gouvernement après leur victoire aux législatives en 2024).

Face à la “fin de cycle” de la Vème République, Mélenchon propose la mise en place d’une constituante dès son arrivée au pouvoir, dans le but d’imaginer une VIème République qui comporte à la fois des outils de stabilité tout en conférant un pouvoir d’intervention au peuple. En ce sens, il se montre notamment favorable au référendum d’initiative citoyenne (permettant au citoyen de proposer des lois), et au référendum révocatoire

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