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Qu’est-ce que l’extrême centre et quels en sont les dangers ?

extrême centre

Sommaire

Accoler le qualificatif “extrême” au centre semble à première vue relever de l’oxymore. En effet, comment pourrait-on qualifier un bord politique, qui a priori incarne la modération et le refus de toute radicalité, d’extrême ? 

L’analyse de l’historien Pierre Serna, professeur à La Sorbonne et auteur de L’extrême centre ou le poison français (1789 – 2019), permet de se confronter à une autre réalité : celle d’un extrême centre bien réel, se manifestant à de multiples reprise dans l’histoire contemporaine française, et se caractérisant par trois piliers : modération, girouettisme, et autoritarisme. 

L’extrême centre ainsi conceptualisé entre en résonance avec la figure d’Emmanuel Macron et sa façon d’exercer le pouvoir depuis 2017, que nous nous proposons de décrypter à l’aune de cette grille de lecture, ainsi que d’en présenter les dangers. 

Qu’est-ce que l’extrême centre ? 

L’extrême centre est un mouvement politique que l’on retrouve à différents moments de l’histoire contemporaine française. Il apparaît lors de crises politiques que les partis historiques progressistes et conservateurs ne parviennent pas à résoudre. 

Les trois piliers de l’extrême centre

La modération 

La premier pilier de l’extrême centre est la modération affichée par un homme ou un parti providentiel qui permettrait de dépasser le clivage idéologique Gauche/Droite, historiquement ancré depuis la Révolution Française entre progressistes et conservateurs. 

En s’élevant au dessus des clivages et en posant comme valeur principale la pondération, il permettrait de constituer un juste milieu opportun en cas de crise.  

Le girouettisme 

Dans son exercice du pouvoir, l’extrême centre se révèle être particulièrement en phase avec la célèbre phrase attribuée à Edgar Faure : “Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent”, prononcée après avoir rejoint le gouvernement Pompidou en 1966 (ce qui constitua une franche trahison pour ses amis du Parti Radical de l’époque dont il fut exclu par la suite). 

En effet, l’une des caractéristiques majeures de l’extrême centre réside dans sa capacité à suivre le vent, car dépourvu d’une vraie colonne vertébrale idéologique.

L’autoritarisme 

Enfin, le troisième pilier de l’extrême centre telle qu’il est défini par Pierre Serna, réside dans un exercice autoritaire du pouvoir exécutif, au détriment du pouvoir législatif. 

Ces trois caractéristiques permettent de différencier le centre de l’extrême centre; le premier présentant une vraie structure idéologique, tandis que le second se présente comme un mouvement qui en est dénué. Ainsi, selon Pierre Serna, François Bayrou ou Pierre Mendès France sont historiquement des hommes politiques appartenant au centre (respectivement, centre droit et centre gauche), tandis qu’Emmanuel Macron est bien d’extrême centre comme nous le montrons dans la suite de cet article. 

3 occurrences historiques de l’extrême centre 

Pour donner corps à sa définition, Pierre Serna mobilise une multitude d’exemples historiques, de sa première apparition pendant la Révolution Française, à une version plus contemporaine depuis 2017 sous Emmanuel Macron. 

L’historien Johann Chapoutot, dans son essai, Les Irresponsables, nous montre quant à lui, que l’extrême centre, au pouvoir pendant la République de Weimar (1918 – 1933) en Allemagne, a permis aux nazis d’entrer au gouvernement, nous donnant un aperçu de sa dangerosité. 

L’apparition de l’extrême centre pendant la Révolution Française 

Lors de la Révolution Française, dépassant le clivage gauche/droite, le groupe des Modérés se constitue en se présentant comme le parti de la pondération et du juste milieu. 

En réalité, il est constitué d’hommes rusés souhaitant parvenir au pouvoir en adoptant une posture double, immortalisée par le journaliste Camille Desmoulins en 1790 par une caricature reprenant la figure du Janus bifrons, c’est à dire le dieu à deux visages, tourné à la fois vers la gauche et la droite de l’Assemblée, dont l’une des faces constitue finalement son vrai visage, celui de l’ancienne aristocratie, avide de retrouver le pouvoir.

extreme centre image du janus bifrons

En Janvier 1790, se fonde le Club des Impartiaux, qui, dans la même logique que les Modérés, cherche à incarner une “troisième voie” dans le but de donner une nouvelle dynamique à la Révolution. Les partisans de ce groupe politique sont favorables à la propriété, à l’autorité suprême et de fervents défenseurs de l’ordre public qu’il faudrait préserver coûte que coûte, avec l’application de la loi martiale. 

Ce groupe des impartiaux, s’il ne parvient pas au pouvoir, incarne un extrême centre identifiable par les trois composantes définies plus haut. Pierre Serna écrit à ce propos

“Que ce centre demeure infaisable et donc introuvable en cette année 1790 est un fait ; mais que ses trois composantes essentielles demeurent, à savoir la recherche de compromis avec les ailes modérées des partis radicaux d’abord, la construction d’une force capable de résister aux extrêmes ensuite par la construction de la peur de l’aventurisme politique ensuite, enfin la volonté de peser sur le pouvoir exécutif, comme clé de la gouvernance, constitue bien un des aspects les plus passionnants et des moins explorés de la vie politique française du début de la Révolution et de toute la décennie qui suit. Le spectre du centre commence à hanter la Révolution et à planer sur de nombreux débats, pour deux cent trente ans.”

Il faudra attendre 1795 pour que l’extrême centre arrive au pouvoir pour la première fois en France pendant le régime du Directoire (1795 – 1799). 

L’extrême centre au pouvoir en Allemagne au début des années 1930

150 ans après son apparition pendant la Révolution Française, et après de multiples occurrences au cours du XIXème siècle, l’extrême centre se manifeste à nouveau pendant la république de Weimar en Allemagne (1918 – 1933). 

Johann Chapoutot, historien spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et du nazisme nous enseigne dans son essai : Les Irresponsables paru en 2025, que l’extrême centre allemande du début des années 1930 présente les caractéristiques d’un centre qui gouverne dans le déni des principes démocratiques. 

Il dépeint un extrême centre libéral qui met en place une politique de l’offre, en faveur des entreprises et de la dérégulation sociale, tout en se réservant le droit de respecter, ou non, le cadre démocratique alors en vigueur (par exemple, en rejetant toute alternance politique). 

Désignant comme ennemi principal le parti communiste (KZD) dont les militants sont qualifiés de “Judéo-bolchéviques”, l’extrême centre va tout faire pour se maintenir au pouvoir, en menant une politique toujours plus droitière et autoritaire. 

Cette politique jusqu’au boutiste conduira le chancelier en place, Franz Von Papen, à convaincre le président Hindenburg de nommer Adolf Hitler chancelier ainsi que deux représentants du NSDAP au gouvernement, pensant parvenir à les maîtriser pour permettre à son groupe politique de se maintenir au pouvoir. 

Il s’agit peut-être du pire calcul politique de l’histoire, car cette nomination signe le début de l’Allemagne nazie…

L’extrême centre incarnée par Emmanuel Macron

Emmanuel Macron est peut-être l’homme qui incarne le mieux l’extrême centre. D’ailleurs, le principal intéressé ne s’en cache pas, déclarant au micro de Guillaume Erner dans l’émissions Les Matins sur France Culture, suite au premier tour des présidentielles de 2022  : 

« Les trois quarts des électeurs qui se sont exprimés, ce qui est quand même assez fort, se sont exprimés pour trois projets : un projet d’extrême droite, ce qui est une radicalité ; un projet d’extrême gauche avec Jean-Luc Mélenchon, qui assume une radicalité politique dans les éléments, en particulier liés au capitalisme et au rapport même à l’économie de marché ; et ce que je qualifierais comme un projet d’extrême centre, si on veut qualifier le mien dans le champ central »

Ainsi, Emmanuel Macron répond parfaitement aux critères fixés par Pierre Serna.

D’abord, tout son projet politique depuis 2017 repose sur le souhait d’incarner une troisième voie, afin de répondre à la crise des partis politiques de la gauche et de la droite traditionnelle. C’est ce projet de rupture avec la vieille politique qu’il présente dans son livre de campagne en 2016, intitulé Révolutions

De plus, le girouettisme du président de la République n’est plus à démontrer, tant il a fait du “en même temps” son mantra, piochant, à l’origine, son idéologie politique dans le fait de justement ne pas en avoir. En réalité, le vent soufflera toujours vers la droite et en faveur de la bourgeoisie qui l’a aidé à arriver au pouvoir. 

Enfin, la pratique du pouvoir d’Emmanuel Macron est autoritaire, et pousse à son paroxysme l’hyper-présidentialisation que permet la constitution de la Vème République. Rappelons par exemple qu’il a sciemment renié les résultats des dernières élections législatives gagnées par le Nouveau Front Populaire (193 sièges), en nommant au gouvernement Michel Barnier, membre des Républicains, un parti n’ayant remporté que 47 sièges à ces élections. L’usage abusif du 49.3 est également un bon indicateur de la vision autoritaire des gouvernements qui se sont succédé sous Macron. 

Pourquoi l’extrême centre est-il dangereux ? 

L’extrême centre incarne un danger par sa pratique anti-démocratique du pouvoir, mais aussi par le marchepieds qu’il offre à l’extrême droite. 

Une pratique anti-démocratique du pouvoir politique

L’objectif numéro un des extrême centristes est de diriger l’Etat. Pour cela, ils mettent en pratique un exécutif fort et autoritaire, tout en refusant de donner du crédit au pouvoir législatif, c’est-à -dire la capacité qu’ont les citoyens, par le vote, de décider des orientations politiques d’un pays. 

C’est ce que souligne Pierre Serna, lors d’un entretien accordé à Politis en septembre 2025 : “Car c’est l’objectif impérieux des extrême centristes : tenir les rênes du pouvoir. D’où le troisième critère : l’acquisition d’un pouvoir exécutif fort, centralisé, puissant. Au détriment de ce qui fonde la république démocratique, le pouvoir législatif.”

Un marchepieds vers l’extrême droite

Selon Pierre Serna, toujours pour Politis “L’extrême centre a toujours eu une pente devant lui le menant vers l’extrême droite”. 

L’exemple du glissement de la République de Weimar vers l’Allemagne nazie que nous propose Johann Chapoutot parle de lui même : pour mieux isoler la gauche allemande et se maintenir au pouvoir, l’extrême centre en place fait entrer le parti nazi au gouvernement, alors même que celui-ci est sur une dynamique électorale déclinante. 

Johann Chapoutot évoque ainsi un “pas de deux entre l’extrême droite et l’extrême centre”, qu’il s’agisse de la République de Weimar des années 1930 ou de la France des deux mandats d’Emmanuel Macron. 

Concrètement, l’extrême centre français se fait le relais de la bataille culturelle que mène l’extrême droite en reprenant ses termes (François Bayrou parlant, par exemple, de “submersion migratoire”), mais aussi en votant des lois répressives, comme la loi immigration de 2023, qui aurait très bien pu être proposée par le Rassemblement National

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