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Le PCF (Parti Communiste Français) : histoire d’un lent déclin

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Sommaire

Plus d’un siècle nous sépare du congrès de Tours de 1920, théâtre de la scission de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) en deux partis distincts : le Parti Communiste et le Parti Socialiste. 106 ans plus tard, le PCF (Parti Communiste Français), incarné par Fabien Roussel, semble toujours attaché à son héritage révolutionnaire alors même qu’il s’inscrit aujourd’hui dans une logique réformiste, récemment réaffirmée lors du dernier vote d’orientation du parti. 

Comment le PCF s’est-il transformé de parti révolutionnaire internationaliste en un parti réformiste mou, et surtout, pourquoi est-il passé d’un parti majeur à l’échelle française (il comptabilise, par exemple, plus de 800 000 adhérents après la Seconde Guerre Mondiale), à un parti vieillissant et incapable de dépasser les 3% de vote lors des dernières élections présidentielles ? 

L’histoire du PCF

L’histoire du PCF commence par la scission de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) aussi appelé Parti Socialiste Unifié, qui réunit alors en son sein plusieurs mouvances socialistes, communistes ou encore proudhoniennes. Le PC, renommé PCF en 1943, devient une force politique importante en se ralliant à la 3ème Internationale, puis connaît un véritable âge d’or en France de la libération à 1958 en étant à l’origine de nombreuses conquêtes sociales, avant de progressivement perdre de son influence. 

Naissance et développement dans l’entre deux guerre (1920 – 1945)

En décembre 1920, lors du congrès de Tours, la SFIO se déchire suite à un vote portant sur l’adhésion à la 3ème Internationale Communiste constituée en 1919 en Russie. Le vote interne se solde par une large majorité en faveur de l’adhésion, et conduit la minorité à faire scission, et à se renommer en Parti Socialiste. La branche majoritaire se renomme quant à elle en Parti Communiste SFIC (PC)

Les raisons de cette scission sont multiples mais trouvent une cause majeure dans la conséquence de la Grande Guerre, la SFIO ayant rejoint l’”Union sacrée” décrétée par le président Raymond Poincaré, et voté favorablement aux crédits de guerre en 1914, ce qui est en totale contradiction avec sa vision internationaliste originelle (en effet, en votant les crédits de guerre, la SFIO autorise la mobilisation générale et tolère ainsi un affrontement sanglant entre les membres de la classe ouvrière de différents pays, préférant ainsi la défense de l’intérêt national à celui de la cause internationaliste). 

« Cette scission a d’abord comme cause essentielle la Première Guerre mondiale, et les attitudes opposées adoptées par les différents courants socialistes face à elle. Pour beaucoup de militants, si la SFIO a failli face à la guerre mondiale, il faut désormais poser de nouvelles bases. »

Source : Julien Chuzeville, Brève Histoire des Socialismes en France, page 189


Par ailleurs, la plupart des adhérents à la SFIO sont, à partir de 1917, très impressionnés par la constitution de “soviets” en Russie, ces comités de travailleurs qui donnent l’impression d’une démocratie par le bas conférant le pouvoir aux ouvriers. Il apparaît rapidement que le pouvoir de décision était largement concentré aux mains du Parti Bolchevik, mais la compréhension de ce qui se déroulait vraiment en Russie à cette période était alors parcellaire. 

Le Parti Communiste ainsi créé compte environ 110 000 adhérents et s’emploie à suivre la ligne dictée par l’URSS dont Staline devient rapidement le seul maître à bord. Le PC est ainsi dans l’entre deux guerres, l’un des partis majeurs de la gauche française, bénéficiant notamment d’importants financements de l’URSS, mais perdant bon nombre d’adhérents qui lui reprochent une ligne dont l’unique boussole est celle de la politique stalinienne. 

En 1933, l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne met en lumière la nécessité pour la gauche française de s’unir pour contrer la menace fasciste. La SFIO propose alors en 1934 l’”unité d’action des travailleurs” au PC, qui la refuse dans un premier temps, avant que le Bureau de Moscou ne décide finalement de soutenir cette coalition antifasciste. En 1936, le Front Populaire est né, issu de l’union des courants socialistes et communistes (la SFIO, le Parti Radical, et le PC), mais aussi des deux syndicats principaux de l’époque, la CGT et la CGTU qui fusionnent pour l’occasion (après avoir scissionné en 1920 à la suite du congrès de Tours). 

composition de l'assemblée des députées avec 72 députés pc (pcf) en 1936


Léon Blum arrive à la tête du gouvernement français le 6 juin 1936, composé de membres de la SFIO et des radicaux de gauche, le Parti Communiste le soutenant de l’extérieur sans vouloir y participer. Ce gouvernement sera à l’origine de vraies avancées sociales, comme une augmentation généralisée des salaires, le passage à la semaine de 40 heures, ou encore la généralisation des congés payés. 

A ce moment-là, le PC compte plus de 300 000 adhérents, conquiert de nombreuses villes (constituant notamment la fameuse ceinture rouge autour de Paris), et propulse 72 de ses membres à la chambre des députés. La conquête de droits sociaux de l’entre deux guerre est donc à mettre en partie au crédit du Parti Communiste, dirigé à partir de 1930 par la figure de Maurice Thorez. La Seconde Guerre mondiale sera ensuite l’occasion pour les militants communistes de s’illustrer en contribuant largement à la résistance en France, ce qui leur vaudra le nom de parti des “75000 fusillés” (en réalité, on en compterait environ 25 000).  

Si vous souhaitez étudier plus en détail l’histoire du socialisme et du communisme, de la SFIO jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, je vous recommande vivement la lecture de Brève Histoire des Socialismes en France de Julien Chuzeville, édité chez Libertalia


Le PCF de 1945 à 1958 : un parti majeur dans le paysage politique français

A la suite de la dissolution de la 3ème Internationale par Staline en 1943 dans le but de détendre les relations entre les Alliés, le PC devient le PCF. Auréolé de sa courageuse participation à la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle des grands noms s’illustrent comme le Colonel Fabien, auteur d’un attentat contre des officiers Nazis dans le métro Barbès-Rochechouart en 1941 (ce qui marqua l’entrée du PC dans la résistance), il s’impose comme le parti dominant à gauche dans l’immédiat après guerre, et dans un contexte de reconstruction de la France. 

Cette côte de popularité inédite se traduit dans les urnes par des scores avoisinant les 25% entre 1945 et 1958, mais aussi par un nombre d’adhérents qui dépasse alors les 800 000 (à simple titre de comparaison, leur nombre d’adhérents actuel est d’environ 37 000, soit 20 fois moins). Le PCF arrive d’ailleurs en tête des législatives en 1945 avec 26% des voix. 

vidéo ina pcf
Image vidéo INA : PCF le premier parti de France en 1945

Malgré la présence majoritaire à l’Assemblée de la SFIO et du PCF en 1945, rien ne semble indiquer une quelconque volonté politique d’atteindre une société communiste ou de socialiser des moyens de production, le but pourtant initial de ces deux partis. Cela s’explique par une conversion de ces partis à une vision étatiste et d’économie mixte comme nous l’indique Julien Chuzeville, loin des idéaux révolutionnaires originels.

Pas de communisme donc, mais des avancées sociales sont toutefois obtenues et incarnées par des figures du PCF. Parmi celles-ci, on peut noter la création de la sécurité sociale grâce à Ambroise Croizat en 1946, ou la nationalisation du secteur de l’énergie par exemple, dont Marcel Paul fut l’un des principaux protagonistes. Malgré ces succès, les membres du parti communistes sont évincés du gouvernement en 1947 lorsque débute la Guerre Froide opposant les Etats-Unis à l’URSS. Cette éviction n’empêche pas les communistes de rester très actifs politiquement dans les années 50, contribuant, par exemple, à l’appel de Stockholm pour l’interdiction de l’arme atomique ou  contre la colonisation et pour la liberté des peuples en Algérie ou à Madagascar.

En 1956, le rapport Khrouchtchev constitue le début d’une remise en question pour le PCF, (bien qu’il faudra attendre encore 20 ans avant qu’il ne renonce à suivre aveuglément la ligne de Moscou). Celui ci, après la mort en 53 de Staline, met en lumière les failles de l’URSS et la dictature terrible qu’elle constituait sous l’influence du “Petit Père des Peuples”, capable de mener son peuple à la famine, et de déporter des millions de gens dans les goulags. 

Le progressif effacement derrière les socialistes (1958 – 1981)

Principal opposant au général De Gaulle entre 1958 et 1962 et soutien de poids à l’indépendance de l’Algérie, le PCF est pourtant largement dépassé électoralement par l’alliance gaulliste UDR – UDT lors des législatives de 1962. Le parti présidentiel prend 268 sièges contre seulement 41 pour le PCF. Face à ce constat d’échec, et alors que l’élection présidentielle se décidera au suffrage universel pour la première fois suite au référendum constitutionnel de 1962, le parti communiste, dirigé par le bourguignon Waldeck Rochet (en poste de 1964 à 1970) tente lui aussi la stratégie de l’union (avec la gauche bien sûr) pour pouvoir peser lors du scrutin présidentiel de 1965. 

Cette ambition unioniste sera poursuivie par George Marchais (1972 – 1994), dans le but de faire accéder la gauche au pouvoir et de dépasser le plafond de verre de 20% aux élections présidentielles que ne semble pas être en mesure de dépasser le PCF seul. C’est ainsi que le PCF se range derrière le Programme Commun de la Gauche et soutient François Mitterrand aux présidentielles en 1974, sans succès. Cette tendance unioniste sera rompue avant les présidentielles de 1981, qui verra George Marchais faire un score catastrophique de 15%, largement insuffisant pour arriver au second tour et rivaliser avec Mitterrand. Le PCF soutiendra le PS au second tour et se verra allouer certains postes au gouvernement. 

La chute du PCF (1981 à aujourd’hui)

A partir de 1981, on assiste au début de la chute du parti communiste. L’échec des politiques keynésiennes du gouvernement Mitterrand et la politique austéritaire et néolibérale (le fameux “Tournant de la Rigueur”) menée à partir de 1983 constitua le signal pour les membres du parti communiste au gouvernement de quitter leur fonction et de s’éloigner du pouvoir. 

Le parti va ensuite enchaîner les désillusions électorales aux législatives (avec des scores oscillants entre 9 et 11% des voix), et aux présidentielles. C’est ainsi qu’André Lajoinie obtient 7% des voix aux présidentielles en 1988, puis Robert Hue 8% des voix en 1995, concurrencé par l’émergence d’Arlette Laguiller, figure de Lutte Ouvrière, puis seulement 3% (!) en 2002. Ce lourd déclin est d’autant plus tangible lorsque l’on compare le nombre d’adhérents au parti en 1981 (710 000) avec ceux de 2004 (environ 125 000). 

Outre ces défaites électorales, les années 1990 sont marquées d’une part par la fin du centralisme démocratique, un mode de fonctionnement léniniste que l’on peut résumer dans la célèbre maxime : “liberté de discussion, unité d’action” consistant à laisser libre cours à la discussion entre les membres du parti, mais, interdisant, une fois la décision prise, la remise en cause de celle ci. Cette disposition est abrogée par George Marchais au début des années 1990 et permet l’émergence de différents courants au sein du PCF. D’autre part, les années 1990 sont marquées par la contribution du PCF à la gauche plurielle à partir de 1997, permettant certaines avancées sociales comme le vote de la loi Solidarité et renouvellement urbains (SRU), qui fixe l’objectif de 20 % de logements sociaux dans les villes qui en manquaient, ou encore la régionalisation des lignes TER. 

Dans les années 2000, le PCF continue de se réformer sous l’égide de Robert Hue mais ne parvient plus à réunir, en témoigne la création du PRCF en 2004 par certains déçus du parti. 

Après la débâcle des présidentielles de 2007 au cours de laquelle Marie George Buffet réalise le pire score de l’histoire du parti avec 1,93 % des suffrages, le PCF opte pour la stratégie de constituer un Front de Gauche avec le Parti de Gauche (PG, mené par Jean Luc Mélenchon après son départ du PS) et d’autres plus petits mouvements comme la Gauche Unitaire (qui se fondera dans le PCF quelques années plus tard). Cette stratégie d’alliance implique une candidature commune derrière Jean Luc Mélenchon en 2012 qui s’avérera fructueuse sur le plan comptable, Mélenchon réalisant un score de 11% (soit 6 fois plus que Marie George Buffet 5 ans plus tôt !). En 2017, Mélenchon se présente sous les couleurs de La France Insoumise, renonçant donc au Front de Gauche, ce qui n’empêche pas le PCF de quand même le soutenir suite à un vote interne favorable. 

A partir de 2018, et à la suite du 38 ème congrès du parti, le PCF redevient autonome et Pierre Laurent cède sa place à Fabien Roussel, défendant la nécessité pour le parti de présenter un.e candidat.e à chaque élection présidentielle. Le scrutin de 2022 ne donne pas raison à Fabien Roussel, crédité d’un peu plus de 2% des voix, alors que Jean Luc Mélenchon manque d’accéder au second tour des élections pour… moins de 2% des voix. 

CI dessous le tableau récapitulatif des dirigeant.es du Parti Communiste depuis 1936

NomPériode Titre 
Fabien Roussel 2018 – Secrétaire national
Pierre Laurent 2010 – 2018Secrétaire national
Marie-George Buffet2001 – 2010Secrétaire national
Robert Hue 1994 – 2001Secrétaire national
George Marchais 1972 – 1994Secrétaire général
Waldeck Rochet 1964 – 1972Secrétaire général
Maurice Thorez 1936 – 1964Secrétaire général


Comment expliquer une telle chute ? 

Plusieurs raisons peuvent être invoquées pour expliquer le déclin du premier parti de France à la Libération. L’analyse de Julian Mischi, dans Le communisme désarmé. Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970 »est assez éclairante à ce sujet, comme nous le démontre le sociologue Ugo Palheta dans un article pour le média l’Anticapitaliste. 

Il y aurait deux raisons principales à ce déclin : 

1. Une mutation de la classe ouvrière en France

La société française à largement évolué depuis 1945 (comme le décrit si bien le concept de Nouvelle France), et a été marquée par une forte précarisation des forces ouvrières ainsi qu’à une déconcentration de ceux-ci, qui rendent plus difficiles la mobilisation de masse, réduisant ainsi mécaniquement le nombre d’adhérents au PCF. 

“La montée du chômage (touchant très fortement les ouvriers d’industrie), mais aussi les logiques de précarisation et de sous-traitance, ou encore les transformations de l’habitat ouvrier, ont produit une « déconcentration » de la classe ouvrière et une fragilisation des solidarités et repères collectifs, patiemment construits des années 1930 aux années 1970”


2. La “désouvriérisation” des cadres du PCF : une déroute organisationnelle et stratégique

En parallèle de ces mutations sociologiques, le PCF a délibérément choisi de modifier son fonctionnement organisationnel, en décidant de se tourner davantage vers les enseignants et les ITC (ingénieurs, techniciens et cadres) plutôt que vers des gens issus de sa base historiquement ouvrière. Ce revirement survient en 1972 au moment où le PCF opte pour le programme commun avec le PS. 

Les conséquences de ce changement de stratégie aura été une modification de l’organisation du parti et l’avènement de professionnels de la politique, qui se doubla dans les années 1970 de l’abandon de toute référence au marxisme-léninisme et ses termes jugés alors archaïques (matérialisme historique, prolétariat, lutte des classes, classe ouvrière etc.). Ainsi, le PCF devient un appareil politique dominé par ses cadres et élus locaux et nationaux, de moins en moins issus de la classe ouvrière, “éloignant toujours davantage les militants appartenant aux classes populaires d’un parti dominé, d’un côté par des édiles locaux et des cadres de la fonction publique territoriale, de l’autre par des permanents éloignés du monde du travail bien qu’issus du monde ouvrier.”

Ugo Palheta ajoute également que le PCF ne parvient pas à actualiser ses thématiques, et délaisse, par exemple, les luttes décoloniales. 

« Il faudrait encore ajouter à cela le rôle qu’a joué le PCF, notamment au début des années 1980, dans la distance qui s’est creusée entre les jeunes prolétaires « issus de la colonisation » (comme disait Sayad) et la gauche, entre les luttes de l’immigration et les combats contre l’exploitation« 


En 2026, quelles sont les tendances au sein du PCF ? 

Comme nous l’avons écrit plus haut, la fin du centralisme démocratique cher à Lénine a permis l’émergence de nombreux courants au sein du parti communiste. Leurs différences sont récemment apparues lors du vote pour la direction du 40ème Congrès du Parti Communiste en ce mois de Juin 2026, qui avait pour but de choisir le texte sur lequel se basera (avec des possibilités d’amendements) la stratégie politique du parti, notamment pour les élections présidentielles et législatives de 2027, mais aussi pour choisir les batailles structurantes du PCF pour les prochaines années. 

4 lignes ont été proposées pour ce congrès : 

1. La ligne Roussel : Un “Communisme de Conquête”

La ligne du Communisme de Conquête est proposée par la majorité sortante du parti (celle de Roussel et Deffontaines). 

Ce texte exprime globalement l’idée qu’il faut aller conquérir de nouveaux électeurs, potentiellement déçus par le modérantisme du PS. Pour cela, il faut réaffirmer ses thèmes et proposer davantage de contenu tout en faisant l’autocritique des 38ème et 39ème congrès. Cela pourrait permettre in fine de présenter une candidature PCF, une fois le programme construit. 

Il s’agit à peu près de la même stratégie qu’en 2022, qui n’avait pas permis à Roussel de s’imposer dans les urnes (rappelons son score de 2%). 

2. La ligne de l’union face à l’extrême droite : “Communistes à l’offensive”

La ligne Communistes à l’offensive est héritière de celle tenue par Pierre Laurent, l’ancien secrétaire national du PCF, adepte du rapprochement avec le Parti de Gauche sous l’égide du Front de Gauche pendant la décennie 2010. Comme ne l’indique pas son nom, il s’agit en réalité d’une ligne plutôt défensive, puisque sa priorité est d’empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir. 

Soutenue par des parlementaires comme Stéphane Peu ou Elsa Faucillon, cette ligne est celle de l’union pour faire face à l’extrême droite. Elle pousse pour un rassemblement de la gauche sur le format NUPES ou NFP, mais ajoute toutefois que si ce rassemblement s’avère finalement contre l’intérêt d’une victoire de la gauche, elle pourrait ne pas présenter de candidat PCF en 2027 et se rallier derrière un autre candidat mieux placé (c’est à dire, derrière Mélenchon), contre un potentiel accord concernant les législatives qui arrivent dans la foulée. 

Le leitmotiv de cette ligne alternative est le suivant : “bousculer la thèse empoisonnée des « gauches irréconciliables »

Source : Pour battre l’extrême droite et ouvrir l’espoir. Communistes à l’offensive


3. La ligne de la lutte des classe : “Stratégie Communiste”

Stratégie Communiste est un texte alternatif proposé par une partie des militants qui soutenaient la majorité sortante lors du 39ème congrès, mais qui se disent déçus quant à la capacité de celle ci de lier les paroles aux actes. 

Le texte propose le socialisme, et uniquement le socialisme comme ligne d’horizon, ainsi qu’un programme minimal clair pour pouvoir gouverner. Elle est très critique du positionnement de la majorité du PCF derrière la ligne Roussel qu’ils jugent se trouver entre le PS et LFI. 

Pour ce qui est des présidentielles de 2027, elle propose de mettre en avant une candidature résolument communiste avec des marqueurs très clairs, mais qui pourrait se retirer pour faire gagner un candidat de gauche plus avancé dans la bataille. 

“Le positionnement « républicain-social » du PCF est inefficace, perçu comme moins radical que LFI et moins proche du pouvoir que les socialistes. Face à la crise capitaliste qui aggrave l’austérité et l’exploitation, le PCF doit retrouver une ligne de classe et un programme révolutionnaire : le socialisme comme stratégie de rupture visant la prise du pouvoir d’État pour construire une société libérée des dominations et de l’exploitation, le communisme.”

Source : Stratégie Communiste


4. La ligne du renouveau : “Résister et construire”

La ligne Résister et construire propose une ligne axée sur la manière de financer des avancées sociales d’ampleur, avec en priorité la lutte contre l’austérité budgétaire et le financement des services publics. 

Pour ce qui est de 2027, elle souhaite poser la question de la candidature en même temps que celle d’un rassemblement et organiser un travail commun avec d’autres partis à gauche tout en gardant la possibilité de ne pas y aller en fonction de la conjoncture.


Les résultats du vote

Finalement, c’est le texte proposé par le Conseil National, soit la ligne Roussel qui recueille une large majorité (61,38%). Ce score est néanmoins inférieur à celui obtenu lors du 39ème Congrès du Parti, qui était alors de 81%. C’est un signe que les contradictions au sein du parti sont de plus en plus fortes. 

En parallèle, La motion des “Communistes à l’offensive” obtient un score de plus de 25%, tandis que les deux autres obtiennent respectivement 7,6 et 5,6%. 

Le texte de la ligne Roussel sera donc discuté pendant le 40 ème Congrès du PCF et se verra (ou non) amendé. 


Fabien Roussel : l’incarnation des maux du PCF

Vous l’aurez compris en voyant les résultats du vote d’orientation du congrès, il y a de fortes chances que la position adoptée par le PCF pour les élections présidentielles soit d’envoyer Fabien Roussel comme candidat en méprisant l’urgence antifasciste et en refusant toute alliance avec LFI. Cette stratégie n’a pas fonctionné en 2022, et on voit mal comment elle pourrait faire face à l’hégémonie que détient LFI sur la gauche radicale, et à celle que semble en mesure de récupérer le PS sur le versant social-démocrate (centre gauche et centre).

Fabien Roussel est l’exemple paradigmatique du double discours tenu par le PCF ces dernières années. En effet, si l’on se fie uniquement au programme du parti, les avancées sociales proposées sont intéressantes bien qu’elles ne mettent plus en avant le renversement du capitalisme et la socialisation des moyens de production (constituant pourtant l’essence même du parti à l’origine). Le parti propose par exemple une augmentation drastique du SMIC, la retraite à 60 ans, la semaine de 32 heures, ou encore une grande vague de nationalisation pour mettre fin à la privatisation excessive de ces dernières décennies et tenter d’atténuer les effets délétères du capitalisme sur la vie de la majeure partie de la population. 

Ce programme est donc à priori à celui d’un vrai parti de gauche radical et réformiste. Malheureusement, celui-ci est fortement entaché par les prises de positions toujours plus problématiques de Fabien Roussel. 

Parmi les (nombreuses) frasques de l’intéressé, on pourrait mettre en avant l’incapacité de Fabien Roussel à réfléchir à la question écologique, mettant largement en avant son ambition d’offrir de la “bonne vieille viande bien de chez nous” au plus grand nombre, à contre courant du discours, pourtant plus si radical que cela, de réduire la consommation de viande à l’échelle nationale et mondiale pour réduire les émissions en gaz à effet de serre, mais aussi les énormes quantités d’eau nécessaire pour élever du bétail (sans parler du lien avéré entre surconsommation de viande rouge et cancers). Cette rhétorique se retrouve d’ailleurs dans les discours de la droite, dans le but de fustiger les “bobos”, cible privilégiée du Rassemblement national, et apparaît comme sortie d’un brainstorming douteux des lobbies de la viande, adeptes d’un “manger mieux” qui n’a pour autre but que de continuer à nous faire consommer, peu importe les conséquences environnementales ou sanitaires. 

Au-delà de la question écologique, l’accointance que développe Fabien Roussel avec la bourgeoisie néolibérale et ses thématiques pose problème. N’hésitant pas à fustiger la “gauche des allocations”, terme pourtant forgé par les classes dominantes pour véhiculer l’idée que les classes populaires et les migrants préféreraient vivre des allocations plutôt que de travailler, Fabien Roussel semble fouler aux pieds les principes de son parti, historiquement auto-désigné comme le parti des classes populaires, et devient par la même l’idiot utile d’une classe bourgeoise qui le chouchoute et qui l’invite régulièrement sur les plateaux TV, convaincu qu’il ne représente aucun danger pour ses intérêts de classe. 

Comme nous le montre le sociologue Nicolas Framont dans un article pour Frustration Magazine,, le rôle de Fabien Roussel n’est peut être rien d’autre que celui de se faire le relais médiatique d’un parti déclassé, et dont le seul objectif est de limiter la casse aux présidentielles pour justifier son existence, rembourser ses frais de campagne, et gratter ça et là quelques circonscriptions à la France Insoumise, en abandonnant toute lutte anticapitaliste au profit de quelques symboles hérités d’une histoire bien plus glorieuse que lui. Ses symboles : la couleur rouge, l’Internationale, ou encore le journal l’Humanité fondé par Jean Jaurès, sont pourtant bien loin lorsqu’on entend les discours pro-police du secrétaire général du PCF, ou encore lorsque son conseiller et actuel député Léon Deffontaines n’hésite pas à se joindre à la cabale médiatique contre Jean Luc Mélenchon en 2024, l’accusant de “flirter avec l’antisémitisme”. 

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