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Faut-il voter Les Écologistes pour sauver la planète ? (spoiler : non !)

Les écologistes

Sommaire

Aujourd’hui, tous les partis politiques se réclament de l’écologie, et y dédient un espace (plus ou moins conséquent) de leur programme. L’écologie n’est pas en tant que telle une ligne politique, mais plutôt un (énorme !) enjeu contemporain qu’il est possible de traiter de différentes façons, selon que l’on soit un parti de droite, de gauche, ou révolutionnaire. 

En France, il existe un parti entièrement consacré à l’écologie, longtemps appelé Europe Ecologie Les Verts (EELV), et tout récemment renommé plus simplement Les Écologistes. Fondé en 1984, ce parti progresse peu à peu au sein de l’espace politique français en s’élargissant de façon opportune avant les élections européennes de 2009, durant lesquelles le parti se distingue par un score de plus de 16% des suffrages. A partir de la décennie 2010, on observe une dynamique électorale favorable et l’émergence de figures très identifiées comme Eva Joly, puis Yannick Jadot, Sandrine Rousseau, ou encore Marine Tondelier. 

S’il témoigne d’un succès relatif ces dernières années, notamment lors des élections européennes, le parti est pourtant traversé par deux courants politiques en son sein, qui semblent irréconciliables, entre les partisans d’une écologie d’accompagnement du capitalisme, proche des idées du Parti Socialiste, et une autre, résolument anticapitaliste, plus proche de la ligne défendue par La France Insoumise. Ces deux lignes cohabitent très mal, et le rapport de force penche en faveur de la tendance social-démocrate du parti. 

Dans cet article, nous tenterons de décortiquer ces deux lignes politiques, et les tensions qu’elles créent, avant de nous interroger sur la pertinence de l’existence d’un parti dont les idées sur l’Écologie semblent parfois bien limitées quand on le compare à d’autres partis de gauche. 

Deux visions irréconciliables de l’écologie

Au sein des Écologistes, cohabitent deux lignes politiques irréconciliables. Un exemple paradigmatique apparaît en 2021 au deuxième tour de la primaire écologiste qui oppose Yannick Jadot, partisan d’un écologie pragmatique à Sandrine Rousseau, représentante d’une écologie de rupture et défendant une approche anticapitaliste et décroissante. Cette primaire, finalement gagnée par Yannick Jadot – qui obtiendra un score de 4,6% aux présidentielles de 2022 – scelle définitivement l’orientation majoritaire des Écologistes, une ligne aujourd’hui incarnée par Marine Tondelier. 

Une écologie d’accompagnement incarnée par Yannick Jadot et Marine Tondelier

La vision politique défendue par la ligne dominante des Écologistes est celle de l’accompagnement du capitalisme. Elle consiste en une tentative d’atténuer les effets les plus destructeurs du capitalisme (extractivisme, augmentation des gaz à effet de serre, montée des eaux, pollution des sols, extinction de masse de nombreuses espèces animales…) par des mesures politiques dont l’ambition se trouve extrêmement limitée par les intérêts de la classe bourgeoise dominante en place. 

Ecologie bourgeoise et capitalisme vert

Cette ligne que l’on peut qualifier d’écologie bourgeoise est sur-représentée au sein du parti, et permet aux classes les plus urbaines et aisées, en votant pour Les Ecologistes, d’alléger leur conscience en ayant le sentiment de voter pour un parti progressiste qui œuvre pour l’écologie de façon pragmatique et sans remettre en question des aspects systémiques (c’est à dire d’être “écolos mais pas trop” pour paraphraser le sociologue JB Comby). C’est pour cette raison que Les Écologistes atteignent leurs meilleurs scores lors des élections européennes, qui sont celles avec la sociologie de votants la plus proche de l’électorat type du parti (urbain aisé et CSP +).

graphique de l'évolution des votes pour les écologistes de 1984 à 2022 (élections présidentielles et européennes)
Infographie tirée de Médiapart : Evolution du score des Écologistes aux élections présidentielles et européennes depuis 1984. 

Cette écologie de l’accompagnement est parfaitement incarnée par la figure de Yannick Jadot, actuel sénateur écologiste de Paris, déclarant en 2019 : “L’écologie, c’est pas la gauche. L’écologie veut occuper une place centrale dans le débat politique. L’écologie, c’est bien plus que la gauche”. Un positionnement totalement dépolitisant et servant principalement de justification à des alliances avec le parti socialiste comme ce fut le cas lors des dernières élections municipales en mars 2026.  

Le programme politique de Jadot pour les présidentielles de 2022 parle de lui-même. Qualifié par La Croix de “ni décroissant, ni anticapitaliste”, il ne pose jamais la question du système économique global dans lequel nous vivons, et va même jusqu’à déclarer soutenir “le capitalisme européen et le modèle social européen, qui ne sont pas les modèles chinois ou américain » face au MEDEF. Du Macron dans le texte. 

Ce faisant, le candidat s’érige en fer de lance du capitalisme vert, qui consiste en une vision étriquée de l’écologie, faite de normes européennes peu contraignantes pour les entreprises et de sur-responsabilisation individuelle. 

Marine Tondelier, dans la continuité de Yannick Jadot  

Marine Tondelier, élue secrétaire nationale du parti en 2022 n’est autre que l’ancienne porte-parole de Yannick Jadot. Très médiatique depuis les élections législatives anticipées de 2024 en tant que principale personnalité mise en avant lors de la création du Nouveau Front Populaire (NFP), la cheffe de parti s’inscrit dans la continuité idéologique du candidat aux présidentielles de 2022. 

Interrogée par l’Humanité sur la position des Écologistes vis à vis du capitalisme, Marine Tondelier nous annonce vouloir que l’on ”arrête de se branler la nouille” avec ces concepts, témoignant de ses profondes lacunes quant à sa capacité à répondre à des questions portant sur le fond de ses idées. 

En dépit de son inconsistance sur les orientations politiques du parti et d’une forte tendance à la langue de bois et autres éléments de langage, Marine Tondelier a largement été réélue à son poste en 2025, preuve s’il en faut d’un parti déconnecté des véritables enjeux écologiques et qui se satisfait d’une personnalité sur-médiatisée à sa tête. A noter, de plus, que la gestion interne du parti par Tondelier a été vivement critiquée par Sandrine Rousseau, dans une interview pour Le Média, ainsi que par Eric Piolle (le maire de Grenoble). 

Comme l’a si bien résumé Rob Grams dans un article pour Frustration Magazine, Marine Tondelier incarne la continuité du hollandisme, c’est-à-dire une gauche d’accompagnement, gestionnaire et institutionnelle, un macronisme repeint en vert qui s’effraie dès qu’il s’agit de nommer les rapports de classe, de désigner le capitalisme, ou de se confronter réellement à la violence de l’ordre établi”

Une écologie de rupture incarnée par Sandrine Rousseau et les Verts populaires

Du côté de la gauche du parti, Sandrine Rousseau fait figure de leader d’une vision anticapitaliste et décroissante, plus à même de répondre aux crises environnementales. 

Cette ligne politique part de l’idée que le monde est entré dans une phase de capitalocène, dans laquelle le capitalisme est responsable du réchauffement climatique par sa recherche continue de nouveaux débouchés, la création de besoins artificiels, et des externalités toujours plus importantes sur l’environnement. Ce constat permet à cette frange des Ecologistes de proposer des mesures beaucoup plus radicales, qui vont plus loin que de simples ajustements du capitalisme prônée par la vision dominante du parti. 

Elle se traduit concrètement par des idées de mesures de rupture, parfois englobées dans la notion de décroissance (qui se définit comme une diminution volontaire de la croissance économique), comme la semaine de 15 heures, la mise en place d’un revenu universel, ou encore une politique globale d’isolation des logements. 

Cette écologie de rupture à du mal à trouver sa place au sein du parti écologiste qui décide régulièrement de s’associer au parti socialiste (que l’on peut difficilement qualifier d’anticapitaliste !) lors des grandes échéances électorales. Lors des dernières élections municipales, certains dissidents écologistes ont d’ailleurs choisi de soutenir les candidats de la France Insoumise plutôt que le PS dans certaines villes (s’opposant ainsi aux directives du parti, et s’en excluant de facto), formant le nouveau groupe des Verts Populaires, et mettant en avant leurs divergences dans une tribune publiée dans Médiapart : Municipales 2026 : à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture. 

L’écologie politique sera anticapitaliste ou ne sera pas

Si, comme le veut l’adage, l’”écologie sans la lutte des classes, c’est du jardinage”, les écologistes semblent avoir la main verte ! En effet, sous un joli vernis de volontarisme écologique, on comprend rapidement que l’écologie mise en avant par la majorité du parti résulte d’une vision bourgeoise, techno-solutionniste et capitaliste, tandis que la branche minoritaire s’évertue à mettre en avant l’incompatibilité profonde qui existe entre capitalisme et respect du vivant et de l’environnement, et à en proposer des solutions politiques et systémiques. La scission des Verts Populaires menée par Jérôme Gleizes est l’exemple parfait du caractère profondément irréconciliable de ces deux visions. 

Dès lors, s’interroger sur la pertinence de soutenir ou de voter pour un tel parti est primordial, surtout lorsqu’il suffit de regarder plus à gauche pour trouver des propositions écologiques ancrées dans le réel, et qui dénoncent le capitalisme extractiviste comme principal responsable de la destruction des écosystèmes et des crises environnementales. 

De ce constat peuvent naître plusieurs visions politiques de l’écologie, avec, d’un côté, un parti réformiste comme La France Insoumise, qui propose la mise en place d’une 6ème République comme préalable à la mise en oeuvre d’une politique globale de planification écologique orchestrée par l’Etat avec un intérêt tout particulier pour les enjeux de justice climatique et sociale en réponse aux besoins de ce qu’il qualifie de Nouvelle France, et de l’autre, les partis révolutionnaires, comme le NPA , Révolution Permanente ou Lutte Ouvrière (et bien d’autres !), qui théorisent que la socialisation des moyens de production portera à son terme la logique d’accumulation responsable des crises environnementales. 

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