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Qui sont les riches en France ? Décryptage du rapport de l’Observatoire des Inégalités 2026

qui sont les riches

Sommaire

Le 3 Juin 2026 est paru le 4ème Rapport sur les Riches en France publié par L’Observatoire des Inégalités. Ce document, long d’environ 90 pages et accompagné d’infographies, permet de mieux comprendre qui sont les riches, à partir d’un seuil de richesse en revenus et en patrimoine calculé par l’observatoire en s’appuyant sur certaines données de l’INSEE. 

Ce rapport offre une grille de lecture socio-économique des riches et permet de soulever des interrogations quant à la répartition de la richesse en France. Il permet aussi de montrer, chiffres à l’appui, la constitution d’une bourgeoisie économique qui ne cesse de s’enrichir, tandis que la majorité de la population ne jouit pas de conditions de vie confortables. 

Pour accéder à la synthèse du rapport, vous pouvez cliquer juste ici

A partir de quand est-on riche en France ?

Commençons par le commencement : à partir de quel seuil est-on considéré comme riche en France ? 

Pour pouvoir répondre à cette question, l’Observatoire des inégalités distingue : 

  • la richesse en revenus (salaires ou retraites)
  • la richesse en patrimoine (actifs financiers, propriétés immobilières, biens professionnels, équipements durables…). 

Notons que, généralement, les personnes les plus riches en revenus sont aussi les plus riches en patrimoine, car ce sont celles qui peuvent le plus épargner, et ainsi se constituer un patrimoine plus rapidement


A partir de quand est-on riche en revenus ? 

L’Observatoire propose un seuil de richesse en revenus qui se décline selon trois situations :

  • pour une personne seule 
  • pour un couple 
  • pour une famille constituée d’un couple et de deux adolescents à charge

Pour créer le seuil de richesse, l’Observatoire utilise le revenu médian net d’impôt fourni par l’INSEE qu’elle multiplie par deux. A noter que le revenu médian représente le revenu tel que la moitié de la population considérée gagne moins et l’autre moitié gagne plus. 

Ce revenu médian étant situé par l’INSEE à 2146 euros net d’impôt pour une personne seule en 2023 (données les plus récentes), le seuil de richesse en revenus pour une personne seule par mois est donc de … 4292 euros net d’impôt

En appliquant cette logique pour les deux autres cas de figure, on obtient : 

  • Un seuil de richesse en revenus situé à 6438 euros net pour un couple 
  • Un seuil de richesse en revenus à 10 730 euros net pour un couple avec deux adolescents à charge

En résumé : 

SituationRevenu médian net d’impôtSeuil de richesse 
Personne seule2146 euros4292 euros
Couple3219 euros6438 euros
Famille avec 2 adolescents5365 euros10730 euros

En suivant ces seuils, et en se basant sur les chiffres de l’INSEE, l’Observatoire nous indique que 4,8 millions de personnes en France vivent au-dessus du seuil de richesse en revenus, ce qui représente 7,4% de la population

A partir de quand est-on riche en patrimoine ? 

Pour répondre à la question “qui est riche en patrimoine ?”, l’Observatoire des Inégalités prend appui sur le patrimoine médian pour un ménage en France, mesuré par l’INSEE à 205 100 euros brut. Il considère ensuite qu’un ménage est riche en patrimoine lorsqu’il possède plus de 4 fois ce patrimoine médian. 

On arrive alors à un seuil de richesse en patrimoine de 820 000 euros pour un ménage, et de 410 000 euros pour une personne seule. Ce seuil est atteint par 11% des ménages français. 

SituationPatrimoine brut médianSeuil de richesse 
Personne seule 102 550 euros 410 200 euros
Couple205 100 euros820 400 euros 

Attention ! Lorsqu’il s’agit du patrimoine, on parle ici en brut, c’est-à-dire sans compter la dette qui peut être contractée lors de l’achat d’un bien immobilier par exemple. Il y a ainsi une différence de taille entre un ménage qui détient un patrimoine brut de 400 000 euros mais qui est endettée de 300 000 euros (disposant alors d’un patrimoine net de 100 000 euros), et un ménage qui dispose d’un patrimoine de 400 000 euros sans endettement.


De riche à ultra riche, la différence est abyssale 

Si l’on résume les données précédentes, on obtient donc que 7,5% de la population est riche en revenus avec plus de 2 fois le revenu médian, et que 11% de la population est riche en patrimoine avec plus de 4 fois le patrimoine brut médian. 

Il est à noter que les plus grandes disparités en patrimoine et en revenus se trouvent au sein même de la catégorie des riches. 

Pour mieux comprendre ce phénomène, l’Observatoire des Inégalités nous propose de comparer les revenus et patrimoine du 10% les plus riches (ce qui représente à peu près le seuil de richesse établie précédemment), avec celui des 1% les plus riches (dits “super riches”), puis avec les 0,01% de la population : les “ultra riches”. Les écarts sont alors frappants ! 

Les revenus des ultra riches

Pour ce qui est du revenu, pour appartenir à la catégorie des 10% les plus riches, il faut toucher, pour une personne seule, un revenu supérieur ou égal à 3993 euros net d’impôt. Pour entrer dans les 1% des plus riches, ce seuil monte à 7512 euros. 

Pour appartenir au cercle des “ultra riches”, il vous faudra multiplier par 10 vos revenus mensuels, et atteindre le seuil des 0,01% qui avoisine les 71 000 euros

Le patrimoine des ultra riches

Comme vous pouvez vous l’imaginer, les disparités de richesse en patrimoine sont également très importantes au sein même de la catégorie des riches.

Pour prétendre au 10% des plus riches en patrimoine, il faut détenir un patrimoine brut de plus de 857 700 euros pour un ménage (ce qui est déjà énorme !). Pour atteindre les 0,1% des plus riches, il faut prétendre à un patrimoine brut de plus de 3 020 900 euros pour un ménage.

Le seuil à dépasser pour entrer dans la catégorie des ultra riches (les 0,01%) en patrimoine n’est pas mentionné dans le rapport.

En résumé : 

Seuil des X% les plus richesRichesse en revenu (net impôt)Richesse en patrimoine (brut)
Seuil des 10%3 993 euros 857 700 euros
Seuil des 1%7 512 eurosnon précisé
Seuil des 0,1%19 514 euros 3 020 900 euros
Seuil des 0,01%71 000 eurosnon précisé

Bonus : La carte de France des plus gros patrimoines

Si le seuil en patrimoine pour entrer dans le cercle très fermé des ultra riches n’est pas mentionné, le rapport de l’Observatoire des Inégalités nous gratifie d’une petite pépite statistique. Il nous offre le comparatif entre le patrimoine professionnel brut détenu par le top 10 des plus grandes fortunes professionnelles de France, et compare leur fortune à la valeur de tous les logements réunis d’une ou de plusieurs villes (parc privé et social réunis).

Par exemple, on y apprend que le total de la fortune professionnelle de la famille Hermès représente l’équivalent de la valeur de tous les logements privés et sociaux de la ville de Marseille ET de la ville de Strasbourg réunis. C’est colossal ! 

Voici donc ci-dessous la carte de France des patrimoines professionnels en fonction des villes qu’ils pourraient (en théorie, bien sûr), s’offrir. Les données sont issues de l’Observatoire des Inégalités, ainsi que du classement Challenges 2025. 

Être riche en France : portrait robot

L’Observatoire des inégalités nous permet de dresser le portrait-robot du riche en France. Sans surprise, l’archétype est celui d’un homme, cadre supérieur de plus de 50 ans et habitant à Paris ou en région parisienne

Les hommes plus riches que les femmes

Pour étudier les écarts de richesse entre hommes et femmes, il est plus pertinent de partir du revenu que du patrimoine, ce dernier étant généralement divisé par deux de façon équitable dans un ménage. 

L’Observatoire des inégalités nous propose de comparer la proportion de femmes parmi les 10% les plus riches, puis d’augmenter progressivement le seuil de richesse (5% des plus riches, puis 1%, puis les 1000 salariés, et enfin les 100 salariés les plus riches) pour voir son évolution.

Les résultats sont les suivants : plus on augmente le seuil de richesse, moins les femmes sont représentées en proportion. 

C’est ainsi que parmi les 10% les plus riches, 31% sont des femmes (contre 69% d’hommes), et que parmi les 0,1% les mieux payés, cette part chute à 18% (contre 82% d’hommes). En allant chercher encore un peu plus haut dans le niveau de richesse, on trouve une proportion de 12% de femmes parmi les 1000 salariés les plus riches, et de 10% parmi les 100 plus hauts salaires. 

Une forte prédominance des cadres supérieurs parmi les plus riches 

Le constat de l’Observatoire des Inégalités est sans appel : plus des trois quarts des riches en revenus sont des cadres supérieurs (73,9%) et moins de 2% sont employés ou ouvriers. 

Les agriculteurs, employés et ouvriers ne représentent que 5% à eux trois du total des riches en France.

L’agglomération parisienne : lieu d’habitation prisé des plus riches 

Selon les estimations de l’Observatoire des Inégalités, 34,6% des ménages riches habitent en agglomération parisienne, alors que seulement 14,6% du total des ménages français y vivent. 

Cette prédominance s’explique par le fait que la plupart des sièges d’entreprises dans lesquelles travaillent les cadres supérieurs sont situés dans cette zone, de même pour les ministères ou les entreprises publiques. 

A noter que si l’agglomération parisienne est effectivement sur-représentées avec 35% des ménages riches y vivant, cela signifie tout de même que 65% des autres ménages vivent ailleurs (ce qui montre bien que les riches n’habitent pas uniquement à Paris ou dans ses environs !)



L’Observatoire publie aussi un classement des 20 villes de France (de plus de 10 000 habitants) où le taux de richesse est le plus élevé. Parmi ces 20 villes, 15 sont en agglomération parisienne ou sont des arrondissements parisiens, tandis que les 5 autres ont comme point commun d’être des villes limitrophes de Genève (une bonne partie des habitants de ces villes choisissent de travailler à Genève et d’habiter en France pour bénéficier d’un coût de la vie plus bas). 

Neuilly sur Seine occupe la plus haute place de classement , et est donc la ville de France au sein de laquelle il y a le plus fort taux de richesse en revenus, avec 49% des Neuilléens qui ont un niveau de vie supérieur au seuil de richesse (contre 7,5% de la population française). Cela signifie donc qu’à Neuilly, une personne sur deux gagne plus de 4292 euros net d’impôt par mois ! 

Plus on est vieux, plus on a de chances d’être riche

L’âge est aussi un critère déterminant quant au niveau de richesse en France. L’Observatoire des Inégalités montre que les personnes les plus riches en revenus sont généralement celles qui sont les plus âgées (juste avant d’arriver à la retraite, donc). 

L’âge auquel les personnes sont les plus riches est situé entre 50 et 65 ans. Cette tranche d’âge représente en effet 42% des ménages les plus riches (en revenus et patrimoine). 

Cela s’explique par trois raisons : 

  1. S’agissant du revenu, il est considéré comme normal d’augmenter les salaires des en fonction des années d’expérience, ainsi, il est difficile pour un jeune de moins de 30 ans (et il est difficile tout court, entendons nous), d’atteindre le seuil de richesse en revenu fixé à 4292 euros net d’impôt par rapport à une personne de 55 ans disposant de 30 ans d’expérience occupant une fonction cadre dans une entreprise du CAC 40 par exemple.

  1. Pour ce qui est du patrimoine, c’est un peu la même chose : pour s’en constituer un, il s’agit en effet d’avoir de l’épargne pour pouvoir l’investir ensuite. Or, pour les mêmes raisons que pour les revenus, il est plus difficile pour les moins de 30 ans de constituer un patrimoine que pour les 50 – 65 ans, faute d’argent à mettre de côté. 

  1. Une troisième raison qui explique cette concentration de richesse dans la tranche d’âge 50 – 65 ans est qu’il s’agit de l’âge à partir duquel les enfants quittent le ménage familial, ce qui a pour effet de diminuer le seuil de richesse. En effet, comme nous l’avons vu au début de l’article, le seuil de richesse pour un couple est de 6 438 euros, alors qu’il est de 10 730 euros pour un ménage avec deux adolescents à charge. 

Quelles conclusions tirer de ce rapport ? 

Les données fournies par l’Observatoire des Inégalités sont importantes car elles permettent d’une part d’accéder à des données fiables, basées sur celles de l’INSEE, mais aussi de se représenter le profil des plus riches, ainsi que les seuils de richesse en France. 

Observer les riches, c’est intéressant, mais ce qui l’est encore plus, c’est de s’intéresser, par exemple, à l’évolution du rapport entre les plus riches et les plus pauvres, mais aussi, et surtout, d’en tirer des conclusions politiques : Pourquoi existe-il de tels écarts ? Comment les réduire (voire les supprimer) ? Quels choix politiques en découlent ? 

La France, un pays de plus en plus inégalitaire 

Si le rapport de l’Observatoire se concentre en priorité sur les plus riches, certaines données nous permettent tout de même de dresser un constat quant à l’évolution des inégalités en France. 

D’abord, l’Observatoire nous propose d’analyser l’évolution du niveau de vie des 10% les plus riches en France, en tenant compte de l’inflation. On y remarque que le niveau de vie des 10% les plus riches a augmenté de plus de 40% entre 1996 et 2023, tandis que le niveau de vie moyen des 10% les plus pauvres a moitié moins progressé (de 20%).

Très concrètement, cela signifie que les 10% des plus riches gagnent aujourd’hui 1750 euros de plus par mois (soit 21 000 euros par an) qu’en 1996, alors que les 10% les plus pauvres gagnent seulement 132 euros de plus par mois (soit 1600 euros par an) qu’en 1996. Ainsi, les écarts se sont accentués. 

Ensuite, l’Observatoire nous montre l’évolution du rapport entre les niveaux de vie moyens des 10% les plus riches et des 10% les plus pauvres. On y remarque que ce rapport est en forte hausse depuis 30 ans, et qu’il atteint un pic en 2021 et en 2023 aux environs de 7,3. 

Graphique tiré du rapport de l’Observatoire des Inégalités. 

Cela signifie que les 10% les plus riches ont un niveau de vie moyen 7,3 fois supérieur à celui des 10% les plus pauvres en France, un niveau inédit.

A noter que ce rapport cache des disparités, car, nous l’avons vu, au sein des 10% les plus riches se cachent d’énormes inégalités de revenus et de patrimoine, notamment lorsque l’on se rapproche du top 0,1%.


Quelques pistes de réflexion pour réduire les inégalités

A la lecture du rapport de l’Observatoire des Inégalités, ce qui paraît clair, c’est qu’il existe un problème flagrant d’inégalités de revenus et de patrimoine en France (comment se fait-il que seulement 7,4% de la population soit riche en France, et surtout, pourquoi l’écart entre les plus riches et les plus pauvres ne cesse d’augmenter depuis 30 ans comme nous l’avons vu ci-dessus ?). 

De nombreux économistes proposent des solutions plus ou moins convaincantes pour tenter d’enrayer cette dynamique. 

Parmi les pistes à envisager, on peut par exemple citer la proposition de taxer les ultra-riches (ces fameux 0,01%) sur leur patrimoine financier, avec, par exemple, la taxe Zucman dont le but est de mettre en place un impôt plancher de 2% sur les patrimoines nettes des fortunes de plus de 100 millions d’euros. 

Cette taxe est intéressante en tant qu’elle permettrait, non seulement de progresser en matière de justice fiscale, mais aussi de financer des politiques publiques plus redistributives et en faveur du pouvoir d’achat des plus pauvres (hausse du SMIC, indexation des salaires sur l’inflation…). C’est un bon point de départ, mais qui semble largement insuffisant pour corriger les inégalités structurelles de revenus et de patrimoine en France et dans le monde. 

Par ailleurs, on peut se demander pourquoi est-ce qu’on ne viendrait pas augmenter également l’imposition sur une plus grande partie de la population, par exemple sur les 10% les plus riches. 

Il existe d’autres propositions plus radicales, comme celle faite récemment par Thomas Piketty et d’autres économistes avec le rapport Global Justice Report. Dans le but de réduire les inégalités tout en préservant l’environnement, ce collectif propose de tendre vers un revenu universel mondial de 5 000 euros brut dans le monde entier à horizon 2100. A ce titre, on peut aussi penser à Bernard Friot, qui propose quant à lui un salaire à vie

Thomas Piketty, économiste spécialiste des inégalités économiques

Je vous laisse le soin de creuser ces pistes de votre côté, n’ayant pas vocation dans cet article à entrer plus en détail dans ces propositions. 

Enfin, penser la réduction des inégalités, c’est aussi comprendre que le système économique capitaliste dans lequel nous vivons est intrinsèquement et structurellement synonyme d’accroissement des inégalités, ce que Karl Marx développe notamment dans Le Capital, les réduire nécessite alors de facto de réfléchir à une alternative au système capitaliste. 

Cette vision est aujourd’hui incarnée politiquement d’un point de vue réformiste (c’est-à-dire dans l’idée de mettre fin au capitalisme par des réformes successives une fois arrivé au pouvoir) par La France Insoumise, mais aussi par des partis ou mouvements révolutionnaires, qu’ils soient communistes (on peut penser aux partis trotskystes comme le NPA, Révolution Permanente ou Lutte Ouvrière), anarchistes, ou même d’écologie révolutionnaire. 

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