L’antiracisme est une thématique qui manque relativement de relais dans l’espace médiatique et public, que l’on pourrait globalement définir comme l’opposition active et consciente à toute doctrine raciste.
En France, les luttes antiracistes ont largement évolué depuis les années 1980, en devenant de plus en plus visibles, notamment grâce aux réseaux sociaux, mais également en intégrant des réflexions sur l’intersectionnalité des luttes, associant genre, classe, race, orientation sexuelle et héritages coloniaux.

Pour faire vivre cette lutte, Nawal, a décidé de lancer en 2026 sa propre librairie en ligne : la librairie Manyaya. Nous lui avons posé quelques questions à ce sujet.
Questions à Nawal, fondatrice de Manyaya
Pour commencer, pouvez-vous décrire en quelques mots votre librairie ?
ManYaya est une librairie en ligne qui a ouvert ses portes au printemps 2026. C’est une librairie généraliste, c’est-à-dire qu’il y a toutes sortes de livres : romans, bandes-dessinées, essais, livres jeunesse, etc… avec l’antiracisme comme angle d’approche principal.
La librairie s’appelle ManYaya, en référence au personnage du livre de Maryse Condé : Moi, Tituba, sorcière, Pourquoi avoir choisi de nommer votre librairie ainsi ?
En effet, le nom de la librairie ManYaya, est une référence directe au personnage du roman de Maryse Condé : Moi, TItuba, sorcière. Dans le roman, c’est une guérisseuse qui accueille Tituba, et va lui transmettre son savoir. Elle l’accompagnera toute sa vie, vivante ou sous forme d’esprit.
C’est un roman que j’ai particulièrement aimé, et le personnage de Man Yaya y est très important. ManYaya la librairie, à l’instar de Man Yaya la guérisseuse, a pour volonté de guider et de conseiller.
J’aime aussi que ce soit une référence à Maryse Condé, car son parcours et son œuvre sont exceptionnels.

Ce qui vous différencie des autres librairies, c’est la mise en lumière de la thématique de l’antiracisme. Comment cette idée vous est-elle venue, et pourquoi choisir celle-ci en particulier ?
C’est un angle qui est assez peu envisagé, dans le monde littéraire comme dans la société en général. Il y a très peu de rayons antiracistes dans les librairies, et c’est à mes yeux un manque. Cet espace a été créé pour combler ce manque, et apporter une approche inédite.
Vous proposez un modèle “en ligne” de librairie, est-ce une volonté affirmée de rester uniquement sur internet, ou envisagez-vous une ouverture prochaine en “dur” ?
L’idée pour l’instant est effectivement de rester en ligne, ce qui permet – entre autres – aux personnes qui n’habitent pas une grande ville d’accéder à ces livres. Il n’y a pas pour l’instant de volonté d’ouvrir un magasin physique, mais de participer à des évènements, oui !
Que recommanderiez-vous comme lecture pour une personne souhaitant s’informer sur le racisme et ses mécanismes ? S’il devait y avoir un essai, un roman et une bande dessinée/roman graphique à lire absolument pour s’initier…
Un essai : La domination blanche de Solène Brun et Claire Cosquer. Pour comprendre que le racisme est aussi le problème des blanc.hes.

Un roman : Kiffe kiffe demain de Faïza Guène, un désormais classique ! On plonge dans la vie d’une adolescente de 15 ans qui vit en banlieue. C’est drôle et très prenant.

Une bande dessinée : Comment devient-on raciste ? Comprendre les mécaniques de la haine pour mieux s’en préserver d’Ismaël Méziane, Carole Reynaud-Paligot et Evelyne Heyer. Cette bande dessinée mélange vécus personnels et analyses de chercheurs, elle est très claire et didactique.

Retrouvez ces livres sur la librairie Manyaya !
La thématique antiraciste est aujourd’hui davantage relayée médiatiquement, je pense notamment à la chaîne YouTube Histoires Crépues, qu’en pensez-vous ?
C’est une très bonne chose ! Des médias comme Histoires Crépues font un travail didactique très important et de grande qualité. Nous avons besoin de différents relais pour que l’antiracisme soit mieux entendu et compris. Il faut des contres propositions face aux idées d’extrême droite qui prennent beaucoup d’espace médiatique.


