Site conçu et alimenté 100% sans IA

Pourquoi le niveau académique en école de commerce est-il si bas ? 

niveau académique en école de commerce

Sommaire

Suite au podcast diffusé récemment sur France Culture : “Faut-il supprimer les écoles de commerce ?”, au sein duquel s’opposent le directeur de l’EDHEC (l’une des 5 écoles de commerce les plus réputées de France), le journaliste Maurice Midena, et la sociologue, Marianne Blanchard, dont le sujet d’étude porte précisément sur l’évolution socio-historique de ces écoles en France, je vais tenter de vous donner mon ressenti sur un sujet largement discuté dans l’émission ; le niveau académique en école de commerce.

Ayant moi même effectué trois années dans une “grande école de commerce” après deux années de classes préparatoires économique et commerciale option scientifique (ECS), il me semble que mon témoignage sur le sujet peut être utile pour compléter ce qui a été dit au sein de ce podcast. Bien entendu, ce point de vue n’engage que moi, mais reflète tout de même ce que de nombreux camarades d’écoles avec lesquels j’ai pu échanger ont ressenti pendant leurs études au sein de l’institution. 

Le niveau académique en école de commerce : un choc après la prépa

En prépa : exigeance et pluridisciplinarité des enseignements

Les classes préparatoires sont réputées pour être assez élitistes, et demandent une bonne capacité de travail. Pour prendre mon exemple, j’étudiais globalement de 8h à 21h30 en semaine (en comptant les heures de cours), et m’accordais un peu plus de temps libre le week-end mais travaillais globalement 5 à 6h par jour le samedi et dimanche. A noter que j’étais loin d’être celui qui en faisait le plus dans ma classe.

Note : Cette forte charge de travail empêche tout préparationnaire d’exercer un job étudiant à côté de ses études, ce qui renforce la forte reproduction sociale de la filière (un sujet que j’aborderais dans un autre article).


En parallèle de cette charge de travail importante, les enseignements proposés sont d’un niveau académique assez élevé, et sont dispensés par des professeurs généralement agrégés dans leurs matières. Par exemple, dans ma filière, les 6 matières enseignées : Maths, Histoire-Géo-Géopolitique, Littérature, Philosophie, Anglais et Allemand, l’étaient par des enseignants agrégés, qui avaient de hautes exigences envers leurs élèves (parfois même un peu trop hautes, ce qui pouvait parfois décourager – et j’en faisais partie – des habitués aux très bonnes notes lors de leurs années lycée). 

Au vu des matières citées, remarquons que la notion de “prépa commerce” est un peu galvaudée : nous avons plutôt l’impression d’être ici dans une prépa “généraliste”, qui offre un enseignement croisé entre mathématiques, langues, histoire-géo et sciences humaines. Cette pluralité des enseignements est, selon moi, très pertinente pour des jeunes qui ne savent pas encore quoi faire de leur vie, et permet de sortir de prépa avec un bon bagage académique et culturel. Les classes préparatoires couvrent ainsi un champ très large de connaissances, mais n’introduisent à aucune des matières qui seront ensuite dominantes en école de commerce, incarnées par le sacro-saint triptyque : Management – Marketing – Finance. 

Les classes préparatoires aux grandes écoles de commerce croisent donc : 

  • Un enseignement de haut niveau dispensé par des professeurs agrégés
  • Une forte charge de travail 
  • Des matières très diverses : mathématiques, histoire-géo, sciences humaines et langues, qui n’ont rien à voir avec celles qui seront rencontrées une fois en école


Ces trois points convergent en une seule et même idée que l’on peut formuler ainsi : Les classes préparatoires préparent à un concours d’entrée exigeant, mais ne préparent absolument pas à ce que l’on va trouver une fois entré en école de commerce

Arrivé en école de commerce, le niveau d’exigence et la charge de travail chutent

Mon premier jour en école s’est déroulé de façon assez spectaculaire : toute la promo était invitée à assister à une journée de conférence, dont la thématique principale était la RSE (acronyme pour Responsabilité Sociale et Environnementale), l’une des notions clés du capitalisme vert que je développe dans un autre article. Pour cela, l’école avait mis les petits plats dans les grands en invitant trois personnalités : le réalisateur Nicolas Vanier, la DG de WWF Véronique Andrieux, et le journaliste Hugo Clément.  

Cette entrée en matière avait le mérite de faire dialoguer plusieurs professionnels de façon constructive sur une thématique liée de près ou de loin à des enjeux sociaux et environnementaux, et de nous laisser ainsi entrevoir une forme de continuité intellectuelle de la prépa en école de commerce.

La réalité, une fois cette journée passée, fut toute autre. 

Des matières peu stimulantes et un faible niveau académique

Passé la première semaine de présentation des cours, je prends peu à peu la mesure du niveau réel des enseignements dispensés. Nous passons alors d’un modèle “classe prépa” décrit précédemment, à un socle commun de cours portant sur des matières généralement peu stimulantes, que l’on pourrait diviser en deux catégories : 

  • Les matières qui nécessitent de mobiliser certains concepts clés, et qui reposent sur de solides bases académiques, comme les cours de finance, d’introduction au droit (surtout du droit fiscal et du droit des sociétés – évidemment – !), ou encore les cours de langue.
  • Les matières qui sont l’incarnation du cours “bullshit” comme les cours de marketing, de management, ou encore de “leadership”, qui sont d’une logique et d’une facilité déconcertante et qui, sous couvert de reposer sur certains concepts (pourtant bien réels !), n’étaient en réalité qu’une suite de banalité sur les façons d’être un bon chef ou de bien vendre un produit. 

Une charge de travail très légère

Je réalise aussi, dans un second temps, que la charge de travail à supporter en école de commerce sera infiniment plus basse que celle des deux années précédentes. 

Aux premiers abords, je me réjouis : étudier moins qu’en prépa, c’est un progrès, car cela me permettra de m’investir dans la vie associative de l’école, de reprendre une activité sportive ou culturelle plus dense, ou encore de profiter de la vie nocturne. Tout cela est vrai, mais la satisfaction que ce nouveau rythme d’étude confère n’est que de courte durée. 

En effet, j’ai pour ma part été très rapidement rattrapé par un sentiment de profond vide lorsque j’allais assister à des cours qui ne nécessitent aucune préparation et aucun travail en amont, voire même, pour certaines matières comme le marketing ou le management, ne requièrent même pas de révisions particulières avant les partiels. C’est d’autant plus consternant lorsque l’on sait qu’il s’agit d’une école qui facture plus de 40 000 euros pour trois années à l’époque, et qui en coûte aujourd’hui plus de 50 000 euros

niveau académique en école de commerce
Frais de scolarité des principales écoles de commerce françaises en 2025. Source : major-prepa.com

Si d’autres matières plus substantielles nous donnaient parfois du fil à retordre, comme la comptabilité ou le droit, nous n’avions globalement besoin de travailler nos cours que la semaine avant nos partiels (soit une semaine par semestre). Réviser ses cours le soir n’était même pas une option pour nous tant il était facile de tout revoir au dernier moment.  

En plus des partiels, la méthode d’évaluation en école de commerce consiste en des contrôles continus et des travaux de groupe, souvent excessivement simples et ne nécessitant pas d’implication particulière pour pouvoir obtenir un résultat au-dessus de la moyenne. 

Pourquoi le niveau est-il si bas ? Tentative d’explication

Face à cette brusque chute sur le plan du niveau des enseignements fournis, mais aussi de la charge de travail nécessaire pour réussir les examens, deux hypothèses permettent à mes yeux, de justifier un tel phénomène. 

Le niveau est bas, car les matières enseignées ne peuvent pas vraiment s’apprendre en cours 

La première raison qui pourrait expliquer le faible niveau des cours et la faible charge de travail qui va avec, est que certaines des matières enseignées – surtout celles régulièrement qualifiées de “bullshit” par les élèves – sont en fait des matières qui peuvent difficilement être enseignées dans des cadres scolaires. 

Le terme “bullshit” est souvent utilisé par les élèves d’école de commerce pour définir les notions enseignées en cours d’école de commerce. David Graeber, anthropologue américain, parle lui de “bullshit jobs”, pour désigner les emplois qui n’ont aucune utilité sociale et qui sont pourtant très nombreux en entreprise. C’est d’ailleurs en grande partie à ces bullshit jobs que préparent les écoles de commerce (les métiers de consultants, conseillers en communication, managers intermédiaires etc.)


Les matières régulièrement jugées comme relevant du “bullshit”, sont : 

  • les matières liées de près ou de loin à la notion assez vague de “management”, qui recoupe, par exemple, les cours de “leadership”, de gestion des “ressources humaines”, ou encore de “management stratégique”
  • et celles liées au marketing, qui englobent les cours d’”expérience utilisateur” ou encore de “branding”


Dans le cas des enseignements qui relèvent du “management”, les matières enseignées mettent généralement l’emphase sur un ensemble de “soft skills” (comprenez : des compétences comportementales, par opposition aux “hard skills”, compétences plus techniques), qui, en réalité, ne peuvent s’acquérir que par la pratique et peuvent difficilement être cernées uniquement par des théories ou des concepts abstraits, en dehors de toute mise en situation réelle. 

Pour ce qui est des enseignements liés au marketing, il existe dans les faits des matières qui nécessitent de nombreuses compétences techniques, comme la création de sites internet, l’utilisation de logiciels de création comme Photoshop, Illustrator ou Canva, ou bien l’utilisation des réseaux sociaux à des fins commerciales. Pourtant, de mon expérience, ce sont bien les cours de marketing qui sont les plus faciles, car ils se contentent de présenter deux ou trois concepts clés qu’il suffit de maîtriser pour se garantir une bonne note aux partiels (comme la matrice SWOT ou l’analyse PESTEL, qui sont des notions très basiques apprises dès les premières semaines d’école, et qui seront mobilisées pendant nos trois années d’étude). 

Pour nuancer mon propos, j’ai aussi le souvenir de quelques cours liés à ces matières qui étaient loin d’être inintéressants. Par exemple, lors d’un cours d’expérience utilisateur, nous devions maquetter sur Figma une nouvelle fonctionnalité sur une application mobile existante, cela m’avait bien plu !


En école de commerce, la priorité est moins données aux cours qu’aux activités extra-scolaires et aux stages

Les associations font parties intégrantes de l’expérience académique

Tout le but de l’école de commerce, est de nous apprendre à devenir de bons collaborateurs d’entreprise en développant ces fameux “soft skills” bien au-delà de la seule sphère éducative. Pour cela, elle mise sur un dense réseau d’associations dans lesquelles les élèves doivent s’investir, et qui devront constituer une première approche de leur vie professionnelle future. 

Ces associations sont officieusement classées en fonction de la popularité qu’elles pourront conférer aux personnes qui y accèdent, permettant ainsi de perpétuer une certaine échelle sociale et symbolique au sein même de l’école. 

Par exemple, les bureaux des élèves et bureaux des sports, mais aussi les “junior conseil” seront réservés aux élèves jouissant de la plus forte popularité et du meilleur réseau en entrant en école, tandis que les associations de jeux vidéos, de cuisine, ou de musique seront plutôt fréquentés par les gens moins “populaires”. Enfin, le bas de l’échelle sociale en école de commerce concerne celles et ceux qui ne sont dans aucune association. 


Les associations en école de commerce constituent ,pour certains élèves, le cœur de leur scolarité dans l’école. D’ailleurs, il n’est pas rare que des membres de la même association se retrouvent ensuite dans les mêmes entreprises par cooptation des promotions plus avancées. Le faible niveau académique en école de commerce servirait donc en partie à laisser le temps aux élèves de s’impliquer corps et âme en asso, au détriment des enseignements. 

On “apprend en marchant” pendant les stages

Une autre explication du niveau académique très faible en école de commerce repose sur le postulat que le vrai apprentissage s’effectue en stage ou en alternance, et pas sur les bancs des salles de classe. 

Cela s’est avéré vrai pour ma part. J’ai effectué trois stages sur une durée totale d’un peu plus d’un an pendant mon cursus scolaire, et c’est définitivement dans ces moments là que j’emmagasinais le plus de compétences à mettre en pratique en entreprise. C’est même à se demander l’intérêt des cours en école de commerce. 

Le niveau est sauvé par les doubles diplômes et les cours transversaux ?

Les doubles diplômes comme palliatifs

Pour certains élèves – et j’en ai fait partie – une des façons de se soustraire au faible niveau académique est de postuler à des double diplômes afin d’aller chercher d’autres enseignements, mais aussi de plus fortes exigences. 

Cela tombe bien, puisque les écoles de commerce misent de plus en plus sur le concept de double compétence, qui consiste à dire que les managers de demain seront ceux qui auront su croiser les formations pour accroître leurs compétences, ce qui passe par un double diplôme en école d’ingénieur, en droit, à science Po, ou encore dans des cursus littéraires. 

L’intérêt, pour moi en allant faire un double diplôme – dans un institut d’études politiques de province –  était de trouver une atmosphère de travail plus exigeante, mais aussi de renouer avec des matières qui m’avaient passionnés lors de ma classe prépa, comme la géopolitique et d’accroître certaines notions d’économie par exemple. 

De fait, ce passage par Sciences Po m’a permis de renouer avec une forme d’exigence académique que je n’avais pas ressenti pendant mes deux premières années en école, sans pour autant nécessiter de ma part une quantité démesurée d’efforts. Les enseignements m’ont plu, tout comme la qualité de la plupart des professeurs. On voyait d’ailleurs une forte implication de tous les étudiants à participer aux cours, signe de l’intérêt que ceux-ci suscitaient. 

J’ajouterais d’ailleurs que mon double diplôme avec ScPo impliquait de choisir une spécialisation particulière pour le dernier semestre d’enseignement en école de commerce. Ce master spécialisé en “management des politiques publiques” a constitué l’expérience d’enseignement la plus dense que j’ai connu en école, avec des mises en pratiques intéressantes, des intervenants impliqués, et un socle théorique plus fourni que celui de mes premières années en école. 

Les cours transversaux sont généralement plus intéressant que le socle commun

De mon expérience, les cours qui m’ont le plus passionné en école de commerce, étaient ceux qui n’étaient pas obligatoires, et qui étaient répertoriés comme des “cours transversaux”. J’ai par exemple pu suivre des cours de LV3 russe, et des cours traitant de l’Afrique subsaharienne. 

Bien entendu, je suis conscient qu’entrer en école de commerce signifie globalement que la part belle sera faite aux matières du marketing, de la finance et du management, et que ce genre de cours transversaux resteront justement transversaux, ce qui signifie qu’ils ne constitueront pas la majorité du programme. 

Néanmoins, ces matières ont été pour moi des bouffées d’oxygène entre deux cours de management et de marketing par exemple. 

Conclusion

L’école de commerce délaisse les enseignements ou les délègue, au profit des assos et des stages.

L’école de commerce est une institution qui n’est pas, et ne sera jamais reconnue pour la qualité de ses enseignements, car les matières enseignées se prêtent peu à des cours théoriques, mais plutôt à des mises en situation en stage, voire dans le cadre de la vie associative de l’école.

Pour aller chercher des enseignements académiques qualitatifs, l’étudiant est donc contraint de se tourner vers des doubles diplômes, dans lesquels le niveau est généralement plus élevé, ou d’essayer de se tourner vers certains cours transversaux proposés par l’école elle-même. 

Malgré un niveau abyssal, les écoles de commerce trouvent leur public dans cette formule qui met en exergue le côté extra-scolaire plutôt qu’académique (on observe une hausse tendancielle de la proportion des élèves en école de commerce), mais fait aussi de nombreux déçus, dont j’ai fait partie. 

Il y a évidemment bien d’autres sujets problématiques qui touchent de près ou de loin les écoles de commerce, et que j’ai pu observer – une forte reproduction sociale, des problèmes de sexisme et de bizutage dans les assos étudiants, ou encore une fabrique à bullshit jobs – que j’analyserais et développerais dans de prochains articles ! 

Partager l’article :

En savoir plus sur Les autres idées

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture