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Grünt : Qui peut prétendre représenter le rap sans prendre position ?

Grunt

Sommaire

Comme de nombreux jeunes “bousillé de rap” de la génération 2000, je grandis bercé par les freestyles du média Grünt, dont certains représentent pour moi le très haut niveau de ce que cette musique peut proposer : une table, des micros, des productions aux sonorités “boom bap” qui sentent bon le New York des années 90 et des MCs aux multi-syllabiques et schémas de rimes toujours plus impressionnants. 

En 2026, le média est devenu une vraie institution dans l’écosystème du rap français, proposant d’autres formats que les freestyles (bien qu’il s’agisse toujours d’un événement lorsqu’un Grünt “numéroté” sort sur Youtube) entre festivals, reportages, interviews, podcasts ou lives twitch. 

Surtout, Grünt a su peu à peu profiter de sa notoriété pour délivrer des messages politiques très importants, appelant désormais systématiquement à lutter contre le rassemblement national dès que l’occasion se présente. C’est pour moi un excellent exemple de ce qu’un média indépendant peut (et doit !) porter comme parole dans une société en proie à une montée inquiétante de l’extrême droite. 

Dans cet article, nous verrons comment un “simple” média rap est parvenu à s’approprier le célèbre adage de Calbo, du légendaire groupe Ärsenik, qui nous a quitté récemment : qui prétend faire du rap sans prendre position ?”

Grünt : un média rap devenu incontournable

La naissance d’un média indépendant

L’histoire de Grünt commence au début des années 2010 lorsqu’une bande de potes menée par Jean Morel, décident de lancer une session filmée de 30 minutes, au cours de laquelle des jeunes MCs (dont Nekfeu et Lomepal… ces noms ont mal vieillis) prennent tour à tour le micro pour rapper leurs couplets. 

Si la diffusion de ce freestyle, puis des suivants n’a pas permis immédiatement au média d’éclater, ce fut suffisant pour permettre à une petite communauté de fans de se retrouver autour d’une passion commune pour le rap et la scène émergente parisienne de l’époque.

Jean Morel, au cours d’une interview donnée à Konbini en 2024, revient sur cette époque, dans laquelle pour pouvoir produire leurs premières émissions et se payer du matériel, Grünt donnait rendez-vous à leur petite communauté place de la République à Paris pour y vendre clandestinement des t-shirts floqués au nom du label. 

“On a réussi à mettre des sous de côté comme ça, et on a réussi à acheter notre premier 5D” (note : le 5D Canon est un appareil caméra mythique des années 2010, qui offrait un rendu professionnel pour l’époque et était largement utilisé pour réaliser des clips).

Peu à peu, le média se structure et s’impose comme une place forte du rap français. 

Pendant la décennie 2010, la côte de popularité du média augmente, mais ses membres ne se sont pas encore professionnalisés. Jean Morel, par exemple, travaille en parallèle pour Radio Nova.

C’est à partir de 2019 que l’histoire de Grünt prend un autre tournant, avec l’obtention d’une aide financière du CNC Talents pour tourner une série de documentaires au Maroc, au Mali et en Côte d’Ivoire qu’ils baptiseront « Grünt tour« . Cette série constitue un vrai déclic pour Jean Morel et son équipe, et donne un nouvel élan au média en poussant ses membres à se lancer à temps plein dans le développement du média. 

Grünt se développe alors en proposant une diversité de formats, qui ont tous contribué à agrandir la notoriété du média. Parmi eux, on peut citer : 

  • L’organisation du Grünt festival, dont la quatrième édition s’est déroulée en octobre 2025
  • Les mythiques freestyles Grünt sur YouTube
  • L’émission RAW sur Twitch, qui se propose de créer et modifier les pages wikipedia de styles de musiques, dont les rediffusions sont disponibles sur leur chaîne YouTube de rediffusion
  • Des entretiens avec les artistes
  • L’émission “Que la Neef” (qui n’existe malheureusement plus) animée par Neefa, qui mettait en avant les jeunes pépites du rap français, et qui m’a entre autres, permis de découvrir Ben PLG, Tuerie, ou encore Coelho. 

Par ailleurs, le média reste à la pointe des nouveautés et se révèle toujours précurseur dans les choix d’artistes qu’il met en avant. Grünt a par exemple été l’un des premiers médias à diffuser les artistes de la “new wave” comme La Fève ou Khali, les artistes du “Southside”( avec le Grünt 67 par exemple), ou encore à donner de l’exposition à HJeune Crack, Jolagreen, TH, ou encore Ptite soeur. 

Pour en savoir plus sur l’évolution de Grünt, je vous conseille l’excellente émission de “Le Code Review” : Grünt – dernier média rap indépendant ?

Grünt joue un rôle important dans la lutte contre l’extrême droite

Face à la montée de l’extrême droite, Grünt s’engage dans la bataille culturelle. Cela se traduit par l’organisation d’une tournée avant les municipales, ainsi que par des prises de position politiques lors de certains événements.  

Une tournée contre l’extrême droite en vue des municipales 2026

Le média rap annonce fin 2025 qu’il partira en tournée dans 11 villes de France dans la perspective des élections municipales du 15 et 22 mars 2026. Le but : se lancer dans la bataille culturelle contre l’extrême droite en profitant de leur audience pour faire passer des messages politiques. 

La bataille culturelle est une notion théorisée par le militant antifasciste Antonio Gramsci dans les années 1930. Elle démontre l’importance d’imposer ses idées dans le débat public comme préalable à l’accession au pouvoir. Cette stratégie s’est vue être ré-appropriée par l’extrême droite depuis les années 1980, et se matérialise par la diffusion de ses thèmes comme le grand remplacement ou la haine anti-woke dans les médias.


L’objectif de cette tournée, dont le premier concert s’est déroulé à Tours le 5 février dernier, est de mobiliser artistes et associations pour rappeler les dangers de l’extrême droite, en particulier pour le secteur culturel, mais aussi contre le projet sociétal et économique délétère que propose ce parti. Pour cela, Grünt propose à de nombreux artistes de se produire bénévolement (dont des artistes reconnus dans leur milieu comme Ben PLG, Kéroué, ou encore Edge), mais aussi à des associations implantées localement de prendre la parole et de témoigner sur leurs actions. 

Grünt propose 11 dates réparties partout en France dans le cadre de sa tournée contre l’extrême droite

Il faut noter que Grünt n’est pas vraiment à son coup d’essai, puisque le média avait déjà organisé une mini tournée pirate avec Ben PLG pour s’opposer aux coupes budgétaires dans le secteur de la culture. 

Un exemple des coupes dans la culture ;

Dans les Pays de la Loire, dirigés par Christelle Morançais, présidente de la région (et accessoirement située très à droite idéologiquement), les budgets alloués à la culture, aux associations et au sport ont drastiquement chuté en 2025 (on parle de plus de 100 millions d’euros de coupes pour ces trois domaines).


Par ailleurs, pour avoir déjà assisté à des événements organisé par Grünt récemment dans le cadre de la fête de l’Humanité 2025, ou lors des Grünt festival 3 et 4, j’ai observé le média prendre ouvertement position contre l’extrême droite par l’intermédiaire de Jean Morel qui n’hésite jamais à entonner des chants contre le RN, ou à lancer des slogans antifascistes. 

Pourquoi est-ce si important qu’un média indépendant comme Grünt s’engage ? 

En tant que média indépendant, Grünt a un rôle important à jouer dans la bataille culturelle. Il peut, et doit, utiliser sa large audience pour porter des messages forts et rallier un public a priori peu politisé.

C’est d’ailleurs la position que choisissent de prendre une multitude de médias indépendants, face à des médias traditionnels qui sont presque tous la propriété de grands milliardaires (on parle généralement de concentration des médias pour définir ce phénomène) qui utilisent leur puissance financière pour diffuser leur idéologie d’extrême droite le plus massivement possible. 

A ce titre, je vous conseille l’excellent film documentaire produit par Médiapart en 2023 : Médiacrash : qui a tué le débat public ?


Dans cet affrontement déséquilibré, les médias indépendants endossent donc un rôle de contrepoids crucial (et pas que dans la musique !). On peut notamment citer l’exemple de Blast, Médiapart, Reporterre, Basta !, Frustration Magazine, et bien d’autres. 

Pour conserver leur indépendance, ces médias reposent principalement sur des dons et abonnements, c’est pourquoi, il est primordial d’aider à les financer(dans la limite de vos capacités) via un abonnement, ou pour Grünt, via l’achat d’une place de festival, de concert, ou de “merch”. Une autre façon de les soutenir (gratuitement !) est de partager leurs contenus sur les réseaux sociaux ou d’en parler autour de vous. 

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