Face à une concentration des médias qui semble difficile à enrayer, menée par nos amis les multimilliardaires, se dressent des médias indépendants qui ont pour rôle d’offrir une information fiable et dont le modèle économique repose sur les abonnements et les dons des lecteurs.
Dans cet article, nous verrons en quoi ces médias sont indispensables aujourd’hui, puis nous vous donnerons 6 exemples de médias indépendants à suivre en 2026 (voire même un peu plus en fin d’article !).
Qu’est-ce qu’un média indépendant et pourquoi le soutenir ?
Dans la première partie de cet article, nous avons jugé nécessaire de rappeler brièvement ce que sont les médias indépendants, mais aussi leurs rôles de contrepoids au sein d’un paysage médiatique dans lequel les grands médias sont généralement détenus par les plus grandes fortunes françaises.
Médias indépendants : c’est quoi ?
Selon le syndicat de la presse et de l’information indépendante (SPIIL), un média indépendant est une entité qui revendique :
- transparence
- indépendance
- autonomie
par rapport à d’éventuelles pressions extérieures, d’ordres politiques, économiques ou idéologiques.
Un média indépendant doit préserver coûte que coûte sa liberté éditoriale dans le respect de la charte de Munich, qui distingue les droits et les devoirs des journalistes, notamment en termes de déontologie.
La charte de Munich a été signée en 1971 et adoptée par la fédération européenne du journalisme dans la foulée. Elle met notamment en exergue la protection des sources ou le respect du secret professionnel.
Certains médias indépendants sont aujourd’hui des figures incontournables de l’information et de l’investigation en France (comme Médiapart ou Blast), tandis que d’autres se distinguent par une approche plus spécialisée sur certains sujets (comme Reporterre sur les thématiques environnementales, ou en encore Frustration magazine sur la critique sociale et de classe).
Des contrepoids nécessaires contre la concentration des médias
Le modèle économique d’un média est précaire, car il nécessite d’importantes rentrées d’argents pour :
- payer les frais liés aux enquêtes,
- rétribuer les salariés,
- faire face aux dépenses de fonctionnement (maquettage, budgets en communication, partenariats etc)
Pour assurer ces financements, les médias peuvent s’appuyer sur différentes sources de revenus : la publicité, l’abonnement des lecteurs, mais aussi (et surtout !) l’entrée au capital de généreux mécènes.
Le problème, c’est que dès lors qu’une personne finance à des proportions importantes un média, celui-ci risque d’en perdre son indépendance. En effet, rien ne garantit alors que le média ne soit pas un simple instrument de diffusion idéologique de son propriétaire.
Cette perte d’indépendance est d’autant plus grave qu’elle est le fait d’une poignée de milliardaires qui se partagent entre eux une grande majorité des médias en France dans un phénomène appelé concentration des médias. Et comme un milliardaire, c’est quand même souvent de droite, on vous laisse deviner quel type d’idéologie est diffusée à longueur de journée sur les médias traditionnels.
D’après Basta!, 90% des exemplaires de quotidiens nationaux vendus dans leur version papier sont détenus par des oligarques.
Les médias indépendants, par définition, ne dépendent ni de publicités, ni de financements de milliardaires, ce qui leur confère une totale liberté éditoriale et d’investigation. Ces acteurs sont alors extrêmement importants dans le paysage médiatique, car ils jouent le rôle de contrepoids face à une information de moins en moins fiable, et de plus en plus orientée idéologiquement.
Pour être financés, ces médias reposent alors uniquement sur les abonnements et les dons des lecteurs et lectrices, une source de financement bien moins stable que les médias traditionnels, mais qui en garantit l’indépendance.
6 médias indépendants à suivre en 2026
Dans ce contexte de concentration des médias, nous jugeons utile de vous partager ci-dessous une sélection de 6 médias indépendants à suivre (ou à soutenir !)
Ils ne sont pas triés par ordre de préférence, et ne représentent qu’une infime partie de tous les médias indépendants existants (la liste est donc très loin d’être exhaustive).
1. Blast – Le souffle de l’info
- Date de création : 2021
- Thématiques abordées : Investigation politique, écologie, géopolitique, économie, santé, justice, finance, égalité des genres, luttes sociales, culture…
- Audience numérique (instagram + youtube + tiktok) : plus de 2 millions d’abonnés
Le média Blast est fondé par Denis Robert en 2021, et voit le jour grâce à une première campagne de dons la même année, ce qui lui permet d’embaucher une dizaine de salariés pour se lancer.
Peu à peu, le média trouve sa place au sein du paysage médiatique français, et s’affirme comme une source d’information de référence, combinant articles et vidéos youtube prenant la forme de reportages, d’interviews, ou de formats explicatifs au ton humoristique (comme le format Rhinocéros, ou encore Corporate)
Difficile de penser à Blast sans y associer les différentes personnalités qui le composent, comme Usul, Salomé Saqué ou Paloma Moritz pour ne citer qu’eux.
Remarque
Récemment, le journaliste de Blast Yanis Mhamdi a fait partie des personnes retenues en otages par Israël car membre de la flottille pour Gaza.
2. Médiapart
- Date de création : 2007
- Thématiques abordées : investigations politiques, sociales, environnementales, économiques.
- Nombre de visites par mois : 4,4 millions de visiteurs et visiteuses par mois
- Nombre d’abonnés mensuels : plus de 230 000 abonnés
Médiapart est le média de référence pour les enquêtes et investigations en France. Fondé par François Bonnet, Laurent Mauduit, Edwy Plenel, Marie Hélène Smiéjan et Gérard Desportes, il est à l’origine de la publication de nombreux scandales politiques.
Voici quelques affaires rendues célèbre par Médiapart :
- L’affaire Benalla
- L’affaire Sarkozy – Kadhafi
- L’affaire Bettencourt
- L’affaire McKinsey pendant le Covid 19
3. Frustration Magazine
- Date de création : 2013
- Thématiques abordées : lutte des classes, mécanismes du racisme, patriarcat, anti-élitisme
- Audience numérique (instagram + youtube + tiktok) : plus de 100 000 abonnés
Frustration Magazine, c’est notre petit chouchou !
Plus confidentiel que Médiapart et Blast, ce magazine web et imprimé décrit la réalité sous l’angle d’une société divisée entre la classe laborieuse oppressée et la classe bourgeoise dominante.
Résolument ancré à gauche, le média ne s’embarrasse pas de la demi mesure, et offre une vraie critique sociale, sans mâcher ses mots, mais toujours en argumentant d’une plume incisive et compréhensible par tous.
Porté notamment par la figure de Nicolas Framont, sociologue du travail et ancien attaché parlementaire, Frustration parle notamment de féminisme, des rapports de domination, ou encore d’écologie anticapitaliste (RIP Marine Tondelier…).
4. Basta !
- Date de création : 2008
- Thématiques abordées : Questions sociales et environnementales
- Audience numérique (instagram + youtube + tiktok) : plus de 70 000 abonnés
L’ambition de Basta est d’”offrir au plus grand nombre des clés pour comprendre le monde, et des leviers pour le changer”
Nous nous appuyons régulièrement sur leurs enquêtes et articles lorsque nous nous intéressons à un sujet d’actualité.
5. StreetPress
- Date de création : 2009
- Thématiques abordées : Investigation politique, lutte contre l’extrême droite et ses réseaux
- Audience numérique (instagram + youtube + tiktok) : Plus de 800 000 abonnés
Streetpress est LE média indépendant qui renseigne et lutte contre l’extrême droite et ses réseaux en France. A travers ses enquêtes de terrain et ses articles réguliers, le média concentre une large audience sur les plateformes numériques.
Nous vous recommandons d’aller jeter un œil à leur cartographie de l’extrême droite radicale française – la cartofaf– qui répertorie par commune la présence de sections et groupuscules identitaires, royalistes, catholiques intégristes, nationalistes révolutionnaires ou encore confusionnistes.
6. Coop médias : l’organisme qui soutient les médias indépendants
Pour aider les médias indépendants à se financer, se structurer, et à gagner en visibilité, l’initiative Coop médias a été lancée en novembre 2024.
Cette structure coopérative à laquelle n’importe quel média indépendant peut candidater, permet d’unifier moyens structurels (juridiques, comptables, RH, espaces de travail) et financiers (avec des levées de fonds régulières sous la forme d’appels aux dons).
Début 2026, une cinquantaine de médias ont déjà rejoint la coopérative, et ce n’est pas prêt de s’arrêter.
Parmi ses adhérents, on compte par exemple Streetpress, Blast, ou encore Basta!.
En résumé
Les médias indépendants sont d’utilité publique et sont les garants d’une information libre et de qualité. Leur modèle est fragile, et nécessite le soutien des lecteurs, c’est pourquoi, nous vous invitons à soutenir financièrement votre média indépendant préféré.
Pour finir cet article, nous vous proposons quelques autres médias indépendants à suivre :
- Histoires crépues, média décolonial traitant notamment du racisme
- Médiacités, média d’investigation à l’échelle locale
- La Brêche, média d’enquête et d’investigation sur les sujets environnementaux, technologiques, et de santé publique
- Socialter, magazine de critique radicale et alternative sur les sujets de société et environnementaux
- Grünt, média rap qui appelle à faire barrage à l’extrême droite en organisant une tournée dans le cadres des municipales 2026


